• Jean Guillemin

Cachemire : le conflit insoluble

Updated: Feb 18, 2021




Lorsqu’en 1947 l’indépendance indienne est proclamée, ce sont en réalité deux pays qui se forment, d’un côté l’Inde composée des régions à majorité hindoues et de l’autre le Pakistan, Oriental et Occidental, composé des régions à majorité musulmanes. Les Etats princiers ont eu le choix de rejoindre le pays qu’ils désiraient ou bien de devenir indépendants. Le Cachemire faisait partie de ces Etats, à la particularité près que sa population était à majorité musulmane mais gouvernée par un maharaja, Hari Singh, hindou.


Hari Singh refuse donc dans un premier temps de choisir entre l'Inde et le Pakistan et envisage l'indépendance. Néanmoins des raids venant du Pakistan lui impose de demander le soutien militaire indien en échange de l’intégration du Cachemire dans l’Union indienne. C’est ainsi que débute la première guerre indo-pakistanaise, le 21 octobre 1947. Finalement un cessez-le-feu proposé par l’ONU a été accepté le 31 décembre 1948, résultant en une partition de la région par la « ligne de contrôle » (LOC), avec un contrôle aux deux-tiers indien de la région, les pakistanais conservant l'Azad Cachemire (« Cachemire Libre ») et le Gilgit-Baltistan (« Territoires du Nord »). Un référendum d’autodétermination avait été annoncé par le gouvernement indien mais ne sera jamais organisé, le gouvernement craignant que la population à majorité musulmane choisisse une option qui lui serait défavorable.


Après cette première guerre indo-pakistanaise, un troisième acteur entre en jeu : la Chine. En effet, suite à l’annexion du Tibet en 1951, l’armée populaire de libération chinoise pénétra en 1959 sur le territoire indien du Ladakh (ou « Petit Tibet ») pour construire la route nationale chinoise 219 reliant le Tibet à la province chinoise du Xinjiang. Les tensions de part et d’autre de l’Himalaya atteignirent leur apogée le 20 octobre 1962 avec l’éclatement de la guerre sino-indienne qui dura un mois ; l’armée indienne ne put répondre à l’agression chinoise. Le cessez-le-feu du 20 novembre s’est traduit par un retrait chinois des territoires occupés sauf un, une région du Cachemire précédemment sous contrôle indien, la région de l’Aksai Chin. Par ailleurs, le Pakistan cède à la Chine le territoire de la vallée du Shaksgam en 1963 contre son soutien dans le conflit avec l'Inde.


Dans ce contexte, éclate en 1965 la deuxième guerre indo-pakistanaise après qu’en Août le Pakistan ait lancé l’opération Gibraltar consistant à envoyer des soldats déguisés en civil du côté indien pour pousser à la révolte. La manœuvre est repérée rapidement par les autorités indiennes et une escalade commence avec des incursions des deux armées dans les territoires ennemis. La tension monte d’un cran lorsque Pékin menace d’une intervention pour soutenir le Pakistan et que Washington déclare s’opposer à toute intervention chinoise. Après près de 7 000 morts, le 22 septembre le Conseil de Sécurité des Nations unies vote une résolution demandant un arrêt des combats. Un retour aux frontières précédentes est signé sous l’impulsion de l’URSS.


Depuis le conflit territorial perdure, la région étant toujours contestée. On observe des poussées de fièvre régulièrement et des tensions d’autant plus forte que l’Inde et le Pakistan possèdent officiellement l’arme nucléaire depuis 1998. On notera par exemples la guerre de Kargil en 1999, les émeutes de 2016 fortement réprimées par les autorités indiennes ou bien même du côté chinois le déploiement massif de troupes et de missiles balistiques à la frontière indienne en 2011.


Le 5 Août dernier, dans une apparente volonté de faire disparaître l’identité des musulmans en Inde, l’autonomie que possédait la région du Cachemire a été révoquée, cette mesure s’accompagnant de lois telles que l’interdiction de la viande hallal ou de l’appel à la prière. Avec ce nouveau statut et l’état d’urgence qui l’accompagne le peuple cachemiri a adopté une position identitaire marquées face à la répression indienne et de nombreuses violences éclatent. Le Pakistan a demandé à ce que le sujet du Cachemire soit discuté à l’ONU, demande appuyée par la Chine et réalisée le 16 août sans qu’aucun accord ne soit trouvé.

L’état d’urgence qui se manifeste par un blocage de la région aurait déjà coûté plus d’un milliard de dollars à l’économie indienne.


Ainsi, ce conflit qui tire ses origines de la décolonisation britannique perdure. Aujourd’hui avec plus de 700 000 soldats la région est la plus militarisée du monde et dans une situation explosive, notamment du fait de dirigeants radicaux comme Narendra Modi en Inde et Imran Khan au Pakistan. Plus qu’une simple lutte territoriale, il s’y joue une lutte pour devenir la puissance hégémonique régionale en Asie.

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