• Pierre Laurent

COP 27 en Égypte : ces conférences sur le climat sont-elles efficaces ?

Introduction


Du 6 au 18 novembre s’est tenue la Conference of The Parties 27 (COP 27) à Charm el-Cheikh en Égypte et a réuni plus d’une centaine de pays du monde entier, des ONG ainsi que des entreprises pour aborder le climat et la lutte contre le réchauffement climatique. Les acteurs de cette conférence sur le climat ont échangé pendant 2 semaines sur les problématiques climatiques et les moyens à mettre en œuvre à travers des engagements, des propositions.

Quel est le bilan de la COP 27 ? D’une manière générale, les COP sont-elles efficaces pour résoudre les problématiques climatiques ?

Les derniers rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) se suivent et se ressemblent : les politiques climatiques restent insuffisantes pour faire face à l’urgence climatique. Le traitement de la question climatique est vital et nous allons donc voir désormais si le système des COP mis en place par la communauté internationale est adapté ou non.


Historique des COP et des décisions marquantes


Depuis l’adoption de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique au sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 qui reconnait la responsabilité de l’homme dans le changement climatique et qu’il doit agir en conséquence, des COP ont lieu chaque année pour répondre à cette problématique. La première COP s’est tenue à Berlin en 1995 et a fixé des objectifs de réductions d’émissions de gaz à effet de serre pour chaque pays du monde. En 1997, la COP 3 de Kyoto marque une première avancée dans la prise en compte du dérèglement climatique avec l’adoption du protocole de Kyoto qui vise à réduire d’au moins 5% les émissions de gaz à effet de serre pour des dizaines de pays industrialisés. Ce protocole contraignant est seulement ratifié en 2005 et démontre toute la complexité de la mise en œuvre d’applications concrètes pour lutter contre le changement climatique.

Après plusieurs COP de négociations sur le climat, la COP 15 de Copenhague est qualifiée de « conférence de la dernière chance ». Malgré les espoirs d’arriver à un accord mondial, elle s’est soldée par un échec où les États ne se sont pas engagés. Les COP qui suivent ont pour objectif de reprendre les négociations avec notamment la COP 17 de Durban en 2011 qui amorce la reprise des pourparlers afin de poursuivre les engagements du protocole de Kyoto et établir les bases d’un engagement mondial. Cet accord mondial tant attendu a lieu lors de la COP 21 à Paris avec l’accord de Paris signé par 196 pays : l’engagement consiste à maintenir en dessous de + 2°C et si possible + 1,5°C le réchauffement climatique d’ici la fin du XXIème siècle par rapport à l’ère préindustrielle. Les COP qui suivent ont pour objectif d’éclaircir les points de l’Accord de Paris et leur mise en œuvre étant donné l’ampleur mondiale de l’engagement.


Efficacité des COP


Depuis 1995, les COP se succèdent mais les gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Ainsi, une grande partie des personnes se posent cette question légitime : les COP sont-elles efficaces ? Cela est essentiellement dû à la lenteur des discussions entre les pays mais aussi aux objectifs souvent trop élevés. Par exemple, l’objectif de ne pas dépasser les + 2°C d’ici la fin du siècle paraît aujourd’hui impossible à atteindre en raison d’engagements non respectés. Selon les experts, les engagements pris par les pays, s’ils sont réellement tenus, permettraient au mieux de contenir le réchauffement climatique à + 2,4°C. Si aucun changement n’est observé par rapport aux mesures actuelles, le réchauffement climatique risque d’être à + 2,8°C. Par conséquent, les discussions à propos des objectifs à atteindre s’éternisent et reviennent COP après COP ; les résultats peinent à arriver. De plus, l’investissement des pays participants est très hétérogène et on observe notamment une différence entre les pays riches et les pays pauvres. A défaut d’être les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, les pays pauvres sont les premières victimes du réchauffement climatique et expérimentent les tragiques conséquences du réchauffement climatique : canicules, inondations, cyclones. Le Pakistan peut, par exemple, en témoigner avec des chaleurs importantes (jusqu’à 50°C°) au printemps dernier et des inondations prolongées depuis l’été dernier qui ont submergé un tiers du pays. A l’inverse, les plus grands pollueurs comme la Chine ou la Russie sont très peu touchés et sont au cœur des critiques à propos de leur manque d’engagement lors des COP. Cette disparité au niveau des conséquences du changement climatique explique en partie le manque d’avancées lors des COP avec un investissement insatisfaisant des grands émetteurs de gaz à effet de serre. Ainsi, les accords lors des COP semblent plus s’apparenter à des consensus qu’à des prises de positions fortes pour endiguer le réchauffement climatique.

Cependant, on peut s’accorder sur le fait que renoncer à ces rendez-vous annuels mondiaux sur le climat n’est pas la solution. Les COP permettent de rappeler l’urgence climatique et de mettre les pays face à leurs responsabilités : des règles et des décisions sont prises pour aller en ce sens. Elles demeurent aussi fondamentales dans la perspective d’un dialogue multilatéral. Un des axes de progression réside dans l’observation concrète de réduction des gaz à effet de serre, ce qui n’est pas le cas pour le moment.


Bilan de la COP 27


Prolongée jusqu’au 20 novembre en raison de négociations difficiles sur la possible création d’un fonds consacré aux « pertes et dommages » des catastrophes liées au changement climatique, la COP 27, à l’image des précédentes COP, a réservé son lot de satisfactions et de déceptions. Si l’on regarde les points positifs, les 196 pays se sont accordés pour créer un fonds « pertes et dommages » afin d’aider les pays les plus vulnérables au changement climatique : c’est une décision historique puisque les pays du Sud réclamaient une aide à ce sujet depuis plusieurs COP, pointant l’inaction des pays riches. L’objectif est que ce fonds soit prêt au moment de la COP 28 qui se tiendra à Dubaï en novembre 2023. Ce fonds sera constitué d’abord de 350 millions de dollars d’après les engagements d’une quarantaine de pays. Cette décision est encourageante et montre que les COP ont leur utilité mais les efforts de financement devront être respectés et plus conséquents pour aider les pays les plus affectés par le changement climatique. Cela démontre aussi un réchauffement des relations entre les pays du Nord et les pays du Sud qui demeure essentiel pour répondre à l’urgence climatique. Du côté des points négatifs, la question des énergies fossiles est toujours en suspens : les causes principales du réchauffement climatique n’ont pas fait l’objet d’avancées par rapport à la COP 26 avec une poursuite des efforts de réduction de l’utilisation du charbon.

Le pétrole et le gaz ne sont pas concernés malgré la volonté de l’Union Européenne, des Etats-Unis ou encore du Canada de mettre en place un plan progressif pour se passer de ces énergies. Les pays du Golfe et la Chine principalement se sont dressés contre cette proposition, mettant fin aux discussions à ce sujet. Un autre point à déplorer concerne la baisse des ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à la COP 26 où les pays devaient revoir à la hausse leurs objectifs de réduction des émissions afin d’accentuer les efforts sur le respect de l’objectif de + 1,5°C de l’accord de Paris.



Conclusion


En dépit des critiques à leur égard, les COP restent un moyen pour les pays du monde d’aborder lors d’un sommet annuel la question climatique. Certes, les COP demeurent perfectibles en raison des longues discussions, des engagements pas toujours tenus et de la disparité entre les pays du Nord et ceux du Sud concernant la vulnérabilité face au changement climatique. Mais on peut constater des progrès lors de cette COP 27 avec un rapprochement entre les pays du Nord et du Sud à propos du fond d’aide « pertes et dommages ». Une collaboration plus accrue apparaît vitale si les pays souhaitent réellement avoir des résultats plus significatifs à propos des émissions de gaz à effet de serre.



Sources :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/10/30/climat-a-quoi-servent-les-cop-et-comment-fonctionnent-elles_6100417_3244.html

https://climatoscope.ca/article/changements-climatiques-a-quoi-servent-les-cop/

https://www.lepoint.fr/monde/le-bilan-en-demi-teinte-de-la-cop27--20-11-2022-2498438_24.php

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/20/a-la-cop27-un-accord-historique-sur-l-aide-aux-pays-pauvres-mais-pas-d-acceleration-dans-la-lutte-contre-le-rechauffement_6150719_3244.html



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