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Décryptage de la crise chilienne

Updated: Feb 17, 2021

Depuis le 18 octobre dernier le Chili est en proie à des manifestations de plus en plus violentes traduisant un mécontentement croissant de la population envers le pouvoir politique. Le bilan humain s’élève à 23 morts et 2 000 blessés. Alors pourquoi une mobilisation aussi soudaine ? D’où vient ce ras-le-bol chilien et cette volonté que les choses changent ?


Mise en contexte


La vie chère est l’élément déclencheur du mouvement de contestation. En effet, les manifestations ont débuté après l’annonce par le gouvernement de la hausse du prix du ticket de métro aux heures de pointes (de 800 à 860 pesos). La colère s’est alors généralisée et ce sont des protestations contre les inégalités et la corruption qui se font entendre, et qui ont réussi à réunir 1 million de personnes à Santiago fin octobre. On dénonce une fracture sociale importante entre une vingtaine de familles très riches et le reste de la population, ajouté à la multiplication des affaires de corruption, impliquant l’armée et la police qui étaient jusqu’à maintenant hors de tout soupçon.


Cependant, le mouvement s’est tellement amplifié qu’ont été recensés plusieurs cas de saccages et pillages de magasins, mais aussi de violences policières. 14 policiers ont été inculpés pour des actes de torture. Le gouvernement, qui a déclaré l’état d’urgence, reçoit de nombreuses plaintes pour être responsable de “crimes contre l’humanité”.


Quels changements souhaitent les Chiliens ?


C’est la Constitution chilienne qui pose réellement problème et qui nécessite une réforme de manière urgente. Elle n’a pas été modifiée depuis la dictature de Pinochet (1973-1990) et reflète donc l’adhésion à la politique néolibérale de l’époque par le président actuel, Sebastián Piñera. De plus, elle met au premier plan les acteurs privés dans des secteurs qui normalement relèveraient du public, et ne garantit pas l’accès à l’éducation supérieure et à la santé, ni au système public de retraites. En effet, les coûts de l’éducation sont trop élevés selon les étudiants, le système de santé privé ne couvre que 60% des frais médicaux, et les pensions de retraites sont en majorité inférieures au salaire minimum.


Finalement, afin de mieux répondre aux attentes de la population dans le domaine du social en particulier, une révision de la Constitution ultralibérale est indispensable. Un référendum est prévu pour avril 2020.


Comment réagit le pouvoir politique face à ce soulèvement ?


Le président Piñera se dit ouvert à toute discussion concernant les problèmes des Chiliens et a annulé certaines de ces décisions afin de calmer la population. Le 3 décembre dernier, le gouvernement a même annoncé le déblocage de 5,5 milliards de dollars pour apaiser la crise sociale.


Dans un contexte de repli de l’économie du pays équivalent à 3,4% (pire performance depuis 2009), le ministre des Finances a présenté un plan de soutien à l’économie : Ignacio Briones prévoit des dépenses publiques atteignant 3 milliards de dollars en 2020, une aide financière aux PME de 1,9 milliards de dollars, et la création de 100 000 emplois supplémentaires.

Mais les manifestations persistent et la population chilienne semble vouloir plus que des prévisions et des promesses.

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