• Rémi Darrigade

Jeux Olympiques de Pékin 2022 : une fête du sport sous fond d'enjeux diplomatiques et de polémiques



Du 4 au 20 février 2022 se déroulent pour la première fois en Chine les Jeux Olympiques d'hiver. Ainsi, ce sont 91 pays et près de 2900 athlètes qui participeront à l'une des compétitions sportives les plus populaires au monde. La nomination de Pékin au détriment d'Almaty (Kazakhstan) est historique puisque la capitale de la Chine devient la première ville à organiser à la fois les Jeux Olympiques d'été et d'hiver, véritable symbole de puissance pour l'Empire du Milieu. Ces Jeux Olympiques, déjà très particuliers à cause de la crise sanitaire toujours omniprésente, semblent dépasser le cadre d'une « simple » grande compétition sportive et se transforment en un terrain de jeu diplomatique où chacun souhaite imposer ses convictions, gâchant de ce fait l'esprit olympique, cette flamme qui fait rêver tous les 4 ans des centaines de milliers de sportifs et des milliards de téléspectateurs dans le monde.


Pourquoi les Jeux Olympiques de Pékin font l'objet d'autant de réticences ?


En ce mois de février, avec l'organisation de ses JO, le monde a plus que jamais les yeux rivés sur Pékin et la Chine. Si le Covid-19 fait partie des préoccupations principales autour de cet événement sportif, ce qui suscite également énormément d'interrogations autour de la nomination chinoise sont l'aspect environnemental, la question des Droits de l'Homme et de la liberté d'expression. C'est la raison pour laquelle une compétition sportive n'a rarement été aussi contestée.


La question sanitaire :



Comment ne pas parler de la pandémie mondiale (plus de 5 800 000 morts) avec ces Jeux Olympiques en Chine, pays qui a vu naître le virus ? Les Jo de Pékin ont été particulièrement difficiles à préparer pour les organisateurs mais la question sportive s'est également posée. Toutes les compétitions d'avant JO ont été annulées à cause de la pandémie ; les entraînements spécifiques d’acclimatation aux pistes chinoises ne se sont pas déroulés mais à en entendre le directeur national technique du ski français Fabien Saguez, ce n'était pas pour lui une si mauvaise nouvelle : « Personne n'a pu prendre l'avantage du terrain », « Ça remet les compteurs à zéro, il faut qu'on en fasse une réelle force ». Néanmoins, on peut s'interroger sur la légitimité d'organiser une compétition d'une telle ampleur alors que l'épidémie est loin d'être sous contrôle. Cette discussion fait écho avec celle de l'été 2021 où longtemps les Jo d'été de Tokyo, déjà reportés d'un an, avaient fait l'objet de vives contestations et notamment au sein même de la population nippone qui ne souhaitait pas une aggravation de la pandémie « à cause » des JO.

Cependant, la stratégie covid employée par la Chine fait beaucoup parler et de nombreux pays ont lourdement critiqué les restrictions infligées aux athlètes une fois à Pékin. Par exemple, l'athlète belge Kim Meylemans, spécialiste du skeleton (sport similaire à la luge ou le bobsleigh) a contracté le virus début janvier. Alors qu'elle est arrivée sans symptôme avec une dizaine de tests négatifs, les tests PCR étaient si sensibles (capables de reconnaître une trace de virus d'il y a plus de 2 mois) que la Belge a de nouveau été testée positive. Par conséquent, elle a été isolée sans possibilité de s’entraîner avec sa sélection et a été contrainte de réaliser 3 tests par jour jusqu'à la fin de son isolement. Une de ses vidéos partagées sur les réseaux sociaux où on la voit en pleurs complètement désespérée par sa situation a suscité l'indignation, beaucoup s'insurgeant de la politique sanitaire chinoise.




Le sujet des Droits de l'Homme :




Outre la crise sanitaire, alors que la Chine souhaite montrer au monde entier sa toute puissance et utilise les JO pour accroître son soft power, le sujet principal qui décrédibilise l'Empire du Milieu est la question des Droits de l'Homme. Ainsi, depuis novembre 2021, des défenseurs des Droits de l'Homme ont appelé tous les pays ainsi que les sponsors à boycotter les Jeux du fait des multiples violations des autorités chinoises. Les Chinois sont notamment pointés du doigt à cause du traitement envers les manifestants pro démocratie de Hong Kong ou envers la minorité musulmane Ouïghours qu'ont par exemple qualifié les députés français ou les États-Unis de génocide. Mais c'est au mois de novembre dernier que le sujet des Droits de l'Homme a été le plus au cœur de l'actualité et la Chine s'est vue extrêmement critiquée avec l'affaire Peng Shuai, joueuse de tennis chinoise (ancienne 14ème meilleure mondiale). En effet, après avoir accusé un ancien dirigeant chinois de l'avoir contrainte à un rapport sexuel, la tenniswoman a disparu pendant plusieurs semaines avant de réapparaître mystérieusement comme si rien ne s'était passé. Dans un entretien accordé à un média français mais accompagnée d'un membre du comité olympique chinois, l'athlète chinoise a nié ses propres propos évoqués il y a quelques mois : « Agression sexuelle ? Je n'ai jamais dit que quiconque m'avait fait subir une quelconque agression sexuelle. Je n'ai jamais disparu, tout le monde a pu me voir. »

Face à ces manquements criants de la part de la Chine au niveau des droits les plus fondamentaux, des nations phares comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la Grande-Bretagne ou le Japon ont réalisé un boycott diplomatique, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas envoyé de représentant diplomatique lors de la cérémonie d'ouverture des JO. Néanmoins, personne n'a effectué de boycott total, à savoir que tous les pays ont envoyé leurs athlètes dans les différentes épreuves, ne fragilisant point le soft power chinois. A vrai dire, ces Jeux sont d'une importance capitale pour la Chine puisqu'en automne 2022 auront lieu les prochaines élections du Congrès du Parti Communiste chinois, qui sont censés renforcer la légitimité du pouvoir en place, pouvoir qui souhaite montrer la capacité du pays à organiser des événements sportifs hivernaux sans le moindre souci.




La question environnementale :



Le Comité International Olympique (CIO) avait annoncé que les JO de Pékin 2022 seraient les plus écologiques de l'Histoire. Cependant, avec une neige 100% artificielle, il est très difficile de partager cette analyse. En effet, sur les 3 sites chinois retenus pour les Jeux, on trouve Zangjiakou et Yanking et leurs 2 à 3cm de neige par mois au maximum. Pas évident pour faire du ski de fond ! De nombreux scientifiques s'accordent pour dire que les promesses du régime chinois ainsi que du CIO ne sont que du « greenwashing. » En dépit d'un rapport de durabilité de 130 pages publié juste avant le début des Jo pour démontrer le bon travail réalisé par l'Empire du Milieu, des spécialistes en hydrologie s'insurgent notamment de l'immense quantité d'eau utilisée pour les pistes artificielles alors que la région de Pékin ne peut que compter en temps normal que sur 300 mètres cubes d'eau, une quantité infime pour les habitants. De plus, une gigantesque vague de critiques émanant de l'ensemble de la communauté internationale s'est abattue sur la Chine suite au dévoilement des images du site où se déroulent les épreuves de Big Air ; en arrière plan, on peut apercevoir un ancien site de réacteurs désaffectés, un contraste saisissant avec le spot de neige artificielle utilisé pour l'épreuve. Néanmoins, pour la Chine, ce choix d'organiser la compétition de Big Air à Shougang, ancien lieu le plus pollué du pays, est symbolique ; c'est une manière de prouver la reconversion chinoise sur le sujet des énergies.



Les JO d'hiver pour la Chine : la promesse d'une « mutation écologique » et d'un pays exemplaire


Si les critiques à l'échelle internationale sont omniprésentes au regard de l'organisation chinoise de ces Jeux, il est important de rappeler que même en étant le pays le plus pollueur de la planète, la Chine est aussi la nation qui utilise le plus les énergies renouvelables et c'est pour cela que l'Empire du Milieu a toujours déclaré que les JO 2022 seraient synonymes de « JO verts ». D'après la Chine, 85% des moyens de transport utilisés pour les Jeux fonctionneront à l'électricité ou à l'hydrogène ; tout un réseau d'énergies renouvelables a été créé pour délivrer chaque année 14 millions de kilowattheures d'électricité verte dans Pékin.

Plus généralement, l'objectif de la Chine est de prouver au monde entier qu'elle est en mesure d'organiser l'un des plus grands événements sportifs de manière exemplaire et ouverte à tous. Ces dernières semaines, la question était de savoir si les JO allaient pouvoir accueillir du public, 1 an après l'échec des JO de Tokyo qui s'étaient déroulés à huis clos. Malheureusement, seuls des fonctionnaires chinois ou des employés d’entreprises publiques auront le droit d'assister aux compétitions, ce qui s'annonce déjà comme un véritable échec puisque les Jeux Olympiques sont avant tout une manière de démontrer tous les 4 ans l'universalité du sport.



Les JO 2022 : l'immense pari chinois :


« Les Jeux seront respectueux de l'environnement, fédérateurs, ouverts et propres. » Durant des mois, pour défendre sa candidature, Pékin n'a fait que marteler ses mots et on peut déjà dire que le pari était sans doute trop ambitieux. On peine à retrouver l'effet JO qui donne habituellement à cette compétition sa dimension magique et qui lui permet de se démarquer des autres concours sportifs. Chaque jour, de nombreux athlètes se plaignent de l'environnement et de l'organisation des Jeux, autant de polémiques ne permettent pas à la Chine de faire des JO une arme diplomatique efficace.


Sources :


https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/quatre-questions-qui-se-posent-autour-des-jo-dhiver-de-pekin-1384654

https://www.francetvinfo.fr/les-jeux-olympiques/pekin-2022/jo-2022-apekin-entre-frustration-et-indifference-de-ne-pas-pouvoir-assister-a-la-competition_4944699.html

https://www.lemonde.fr/sport/article/2022/02/03/jo-2022-pekin-impose-son-jeu_6112228_3242.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_olympiques_d%27hiver_de_2022#Organisation

https://www.francetvinfo.fr/les-jeux-olympiques/jo-2022-boycott-droits-de-lhomme-ecologie-comment-la-chine-repond-elle-aux-critiques-internationales_4938750.html

https://www.lemonde.fr/sport/article/2022/02/03/jo-de-pekin-2022-comment-le-covid-19-a-complique-la-preparation-des-athletes_6112108_3242.html

https://www.francetvinfo.fr/les-jeux-olympiques/jo-2022-isoles-et-confrontes-au-chaos-de-la-quarantaine-aux-jeux-de-pekin-des-cas-positifs-au-covid-19-racontent-leur-quotidien_4955307.html

https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/affaire-peng-shuai-la-joueuse-evoque-un-enorme-malentendu-dans-une-interview-au-journal-l-equipe_4946610.html

https://www.20minutes.fr/sport/jo/3228879-20220204-jo-2022-jeux-hiver-plus-ecologiques-histoire-vraiment

https://www.brut.media/fr/sport/l-histoire-derriere-l-image-des-cheminees-geantes-aux-jo-de-pekin-c6b0ae9c-15ff-4d4b-9848-58edf5c05201?fbclid=IwAR0XkWbDFbAhDdPbmZWjnq8v_CkXMto7Xmnei1AFBq5LQHdDlyoMzt2MOYg

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