• Maxence Bonnet

JO de Munich (1972) : une trêve olympique brisée (partie 1)

Updated: Feb 17, 2021

I. Le sport comme soft power dans une Allemagne divisée.

Munich. 1972. Nous sommes en RFA, dans la capitale bavaroise choisie face à Madrid pour accueillir les Jeux olympiques d’été. L’Allemagne est sous le feu des projecteurs et souhaite dissocier des mémoires les Jeux de Berlin de 1936 et leur propagande nazie.


Les Jeux olympiques comme toute autre compétition sportive exalte d’importants enjeux d’image nationale. Canal diplomatique international indéniable, le sport permet sur un temps de paix une connaissance mutuelle accrue entre nations. S’éloignant peu à peu de l’idéal premier du baron Pierre de Coubertin, le sport est aujourd’hui au cœur de nos sociétés et croise des enjeux tant économiques que sociaux et permet le développement d’une puissance douce. Car, si le sport est le reflet de la puissance d’un pays, son identité est strictement démocratique car la réussite n’est permise que par le travail et la persévérance, loin des élites traditionnelles ou de considérations ethniques ou religieuses. Qui serait aujourd’hui capable de citer le premier ministre jamaïcain, ou serbe ? Tout le monde connaît pourtant Usain Bolt et Novak Djokovic. Ainsi, le sport est donc une arme puissante, qui permet de construire et de renforcer les identités nationales, arme dont se servent les États à tous les niveaux. Paul Guimard la qualifie de « lutte féroce d'intérêts matériels et de prestiges nationaux, la continuation de la politique par d'autres moyens ».Militairement, par exemple, la pratique sportive peut être l’antichambre de l’expression de la puissance guerrière : en 1870 elle est encouragée pour préparer la jeunesse française afin de préparer la revanche sur la Prusse.


Cependant, si la réussite de l’organisation sportive soulignée par l’engouement international est éclatante -ce que confirmeront les performances athlétiques de l’américain Mark Spitz ou encore de la gymnaste soviétique Olga Korbut- c’est un événement dramatique qui passe au premier plan et éclipse le cœur des Jeux.


La très symbolique trêve olympique est en effet anéantie par un groupe terroriste palestinien, auteur d’une prise d’otage aux conséquences dramatiques sur des athlètes israéliens.

II. Un brasier géopolitique.

Replaçons cet événement dans un contexte géopolitique plus large. La guerre des Six Jours, opposant en 1967 Israël à une coalition arabe suite au blocage du détroit de Tiran aux navires Israéliens est encore dans toutes les mémoires. Le dénouement sera sans appel : Israël occupera le Sinaï, le plateau du Golan, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, provoquant l’ire des puissances vaincues. La même année, la résolution n°242 de l’ONU exige d’Israël la restitution des terres conquises aux différents pays arabes en échange d’une reconnaissance de l’État d’Israël. Les tensions sont à leur paroxysme suite à l’occupation de 1967 par une politique de colonisation illégale et d’expropriations associées à la discrimination omniprésente. Cette immense souffrance (qualifiée de prise d’otage perpétuelle par les Palestiniens) -sans jamais légitimer les actes barbares commis- permet de mettre en lumière la logique de réactions extrêmes comme la prise d’otage de Munich.


La puissance militaire israélienne verrouillant les avancées diplomatiques, et les pays arabes opposés à la politique de Jérusalem étant incapables de faire respecter leurs revendications, c’est une guerre d’usure qui s’installe alors, dans une conception large de la guerre froide, où les États-Unis affrontent les soviétiques par l’intermédiaire de ce conflit, les deux puissances rivales armant leurs alliés respectifs.


III. L’organisation Septembre noir.

Le groupe terroriste Septembre noir tire son nom des événements de septembre 1970, où le royaume hachémite de Jordanie dirigé par le roi Hussein tente de restaurer l’autorité monarchique en Palestine à la suite de plusieurs tentatives palestiniennes de le renverser. Les fédayins de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dirigée par Yasser Arafat affrontent alors très violemment l’armée Jordanienne. Leur lourde défaite (entre 3000 et 10000 morts contre quelques centaines) confirme alors l’isolement palestinien et leur faible force de frappe, renforçant l’absence de possibilité de pression diplomatique ou militaire autre que par le biais d’actions choc.


Considérés jusqu’en 1991 comme un groupe terroriste, ils sont les commanditaires de la prise d’otage du 5 septembre 1972.


Affaire à suivre (article composé de deux parties)


SOURCES


IRIS France

Le Figaro

Amnesty International France

Panthéon Sorbonne

Wikipédia


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