• Maxence Bonnet

JO de Munich (1972) : une trêve olympique brisée (partie 2)

Updated: Feb 17, 2021

I. La prise d’otage.

En pleine nuit, à 4h30, un commando armé de fusils d’assaut, de pistolets et de grenades, constitué de huit membres de l’OLP, s’immisce dans le village Olympique. L’assaut leur permet de faire 9 otages parmi le groupe sportif israélien. Leur revendication principale est la suivante : ils demandent la libération de 236 militants palestiniens détenus en Israël. Les négociations sont immédiatement closes suite au refus du premier ministre israélien Golda Meir.

Cet épisode souligne dans un premier temps le caractère inédit de cette situation que les forces de l’ordre allemande subissent. Un premier otage est tué. Si une cellule de crise est constituée avec le chef de la police munichoise, ce sont des propositions fébriles et déconnectées de la réalité qui sont avancées. Ces terroristes n’ont de considération ni pour l’argent ni pour leur vie. Leur motivation repose sur l’idéal d’une Palestine forte et indépendante, idéal auquel ils prêtent dès lors une dévotion aveugle.

Aucun retour en arrière ne sera possible. Les autorités allemandes, peu rompues à l’exercice, ne prendront alors pas la pleine mesure du mode opératoire employé.


Les Jeux ne sont pas arrêtés pour autant, malgré les tensions croissantes vis-à-vis des délégations musulmanes. Jean de Beaumont éclairant la logique qui prévaut alors : « Ce serait faire le jeu de ceux qui veulent s'en servir comme d'un tremplin politique. Ce serait céder à la plus odieuse forme de chantage. » Novices, les allemands tentent d’étouffer un scandale déjà inévitable et se refusent à considérer l’échec d’une organisation millimétrée.


L'hebdomadaire Der Spiegel avait réamorcé la controverse en juillet 2012 en accusant l'État allemand d'avoir maquillé l'échec de l'opération. En effet, plusieurs mois avant la prise d'otages, la police criminelle de Bavière auraient mis en garde, en vain, les autorités fédérales sur la possibilité d'actes terroristes aux JO de Munich. Le village olympique était entouré d'un simple grillage, sans mesures renforcées. On craignait alors qu’une forte présence policière ne ravive le spectre nazi… Ces mesures de précaution louables de prime abord mettent cependant en lumière la faiblesse du modèle sécuritaire des allemands d’après-guerre, encore traumatisés par l’oppression nazie en Europe, dont l’image qui les hantait devait impérativement être effacée.


II. Le dénouement

Écartant rapidement divers scénarios de libération des otages, les autorités allemandes optent pour une mise à disposition d’un bus pour les terroristes afin de les transférer avec leurs otages vers deux hélicoptères censés les amener sur un aéroport de l’OTAN. Un Boeing 727 est positionné sur le tarmac d’une base de l’OTAN avec cinq ou six policiers armés à l'intérieur en tenue de membres d'équipage.


Le plan des Allemands est de maîtriser les combattants avant d'inspecter l'appareil, ce qui doit donner aux tireurs d'élite une chance de tuer ceux restés dans les hélicoptères. Toutefois, le transfert révèle l’équipement des terroristes et leur nombre, et à la dernière minute, alors que les hélicoptères sont sur le point d’atterrir, les agents allemands à bord de l'avion abandonnent leur mission sans consulter leur commandement central. Seuls les cinq tireurs d'élite restent en position afin d'essayer de neutraliser un groupe plus nombreux et plus lourdement armé qu'attendu.


Les hélicoptères atterrissent à 22 h 30. Pendant que quatre des terroristes gardent les pilotes en respect avec leurs armes, les autres vont inspecter l'avion mis à leur disposition, et réalisent le piège dans lequel ils sont tombés. Dans le même temps, vers 23h les membres du commando qui se ruent sur les deux hélicoptères au sol sont mis en joue par 5 « tireurs d’élite » camouflés aux abords de l’aéroport. Ceux-ci, qui constituaient le groupe d’appui aux hommes à l’intérieur de l’avion, ne sont en réalité que de « bons tireurs recrutés en catastrophe dans les clubs de tir de la région », et ne sont ni équipés de radio, ni d’équipement de visée nocturne. Les tirs initiaux ne tuent que trois terroristes, le reste parvenant à garder les otages dans les hélicoptères, tandis qu’un policier allemand meurt. Les heures qui suivront démontreront l’incapacité des forces allemandes à réagir face à une situation de cette gravité. Ce n’est qu’après des heures de fusillades erratiques que des blindés débloquent la situation… de la pire des manières ! Les terroristes se sachant perdus, abattent leurs otages au pistolet et à la grenade. Cinq terroristes perdront la vie tandis que l’ensemble des otages est exécuté.

Cet épisode souligne dans un premier temps le caractère inédit de cette situation que les forces de l’ordre allemande subissent, ne rétorquant que fébrilement à une situation qui dépasse pourtant leurs compétences.


III. Les conséquences

D’emblée condamnée par la communauté internationale, cette prise d’otage enlise les tensions israélo-palestiniennes et condamne l’OLP à un statut de terroriste qu’elle ne perdra difficilement qu’à la suite des accords d’Oslo de 1991 et d’une relative accalmie dans le conflit.

L’Allemagne de Willy Brandt sera vivement critiquée et permettra une refonte ô combien importante des services de sécurité et d’intervention. L’unité anti-terroriste CSG-9 voit le jour et sera le modèle sur lequel s’inspireront les autres unités d’intervention mythique tel que le GIGN français. Ce nouveau mode opératoire terroriste consistant à la formation de groupes restreints et autonomes disséminés sur les territoires cibles n’aura dès lors de cesse d’être employé de par le monde, jusqu’à nos jours et est un des enjeux premiers des unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme et ses composantes.


Parce que fortement médiatisée, cette prise d’otage donne un certain coup de fouet à la cause militante palestinienne, alors soutenue et suivie par un certain activisme d’extrême gauche, notamment en Europe. Les mesures de représailles seront cependant d’une violence inouïe de la part des Israéliens, qui exprimeront leur vengeance en employant les services secrets, le Mossad, à des assassinats à l’encontre des responsables de l’opération et des membres de l’OLP.


La fête Olympique se poursuit dans une ambiance oppressante, théâtre de tensions vis-à-vis des délégations arabes qui s’empressèrent de fuir l’Allemagne. 36 ans après la messe nazie de Berlin, les Jeux Olympiques auront une fois de plus été utilisés à des fins politiques.


SOURCES


IRIS France

Le Figaro

Amnesty International France

Panthéon Sorbonne

Wikipédia



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