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  • Victor Peltier

L’étranger proche : la fin de l’influence russe ?


Introduction


L’étranger proche est le nom que donne la Russie à un groupe de pays constitués des anciennes républiques soviétiques, c’est-à-dire les anciens pays qui faisaient partie de l’URSS et qui ont obtenu leur indépendance à la chute de cette dernière.

L’étranger proche compte 11 pays, d’abord les trois pays caucasiens : l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan, les cinq pays d’Asie centrale : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan et enfin trois pays européens : la Biélorussie, l’Ukraine et la Moldavie. Les trois pays baltes, bien qu’étant d’anciens membres de l’URSS, n’en font pas partie. Cette zone n’est pas homogène, que ce soit au niveau du développement économique ou politique, de la démographie ou encore des partenaires commerciaux. Il y a des tensions entre certains de ces pays montrant bien que cette zone n’est pas unie. Le seul réel point commun de tous ces pays aujourd’hui est leur passé au sein de l’URSS et leurs forts liens avec la Russie.

Dès lors, cette zone est restée une forte zone d’influence russe que ce soit économiquement, culturellement ou politiquement. Moscou considérant qu’il s’agit de sa « sphère d’influence vitale » et qu’il est de son devoir d’y assurer la stabilité et la sécurité. Cependant, on a pu constater que la Russie, afin de conserver son influence, était prête à aller jusqu’à l’intervention militaire comme l’a illustré l’intervention en Géorgie en 2004 ou plus récemment la guerre en Ukraine. Suite à ces actions, l’influence russe dans les pays de l’étranger proche a diminué. De plus, l’influence de nouveaux pays comme la Chine, la Turquie où l’Europe est de plus en plus importante, limitant encore davantage la présence russe.



L’étranger proche Russe : les anciennes républiques soviétiques (à l’exception des pays baltes)



Une zone subissant une très forte influence russe


Depuis la chute de l’Union Soviétique, la Russie a conservé des liens forts avec les pays de son étranger proche. Cela peut se voir avec les multiples organisations internationales qui permettent de lier cette région économiquement et militairement.

Leur passé commun avec l’URSS permet à ses pays de partager des liens culturels importants qui permettent à la Russie de garder une certaine influence comme par exemple l’utilisation du même alphabet et la proximité entre les différentes langues. La présence d’importantes diasporas russes dans ces pays, notamment dans les pays européens, est aussi un élément qui donne à la Russie une certaine influence.

La Russie conserve aussi une influence via ses liens économiques avec ces pays. Celle-ci est un partenaire commercial privilégié de la plupart d’entre eux. De plus, une partie du revenu de ces pays vient de travailleurs qui ont immigré en Russie et qui envoient de l’argent à leur famille restée sur place.

Enfin la Russie garde avant tout une influence militaire dans la région. Depuis la chute de l’URSS, celle-ci se présente comme gendarme de la région dont l’objectif est le maintien de la sécurité et de la stabilité de la région. Cette décision s’est concrétisée avec la fondation en 2002 de l’Organisation du traité de sécurité collective(OTSC) qui est un équivalent de l’OTAN, comprenant la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Ce traité a servi en janvier 2022 : le Kazakhstan connaissait alors des manifestations internes importantes contre la corruption, ou les problèmes économiques. En réaction, Moscou a immédiatement envoyé des soldats afin de soutenir le régime en place.

Mais même sans intervenir directement, la Russie conserve une influence militaire grâce à son rôle d’arbitre en cas de conflit. Cela a pu se voir en 2021 pendant le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ou encore plus récemment avec le conflit entre le Kirghizistan et le Tadjikistan. Dans ces deux exemples, la Russie s’est placée en tant qu’arbitre afin de calmer la situation et a permis la signature de traité de paix dans les deux cas, bien que ces paix restent fragiles et que les conflits reprennent régulièrement.



Sommet de la CEI en 2022 durant lequel Poutine a rappelé les liens entre les pays qui en font partie



Néanmoins, cette influence s’affaiblit à cause d’une mauvaise image de la Russie ou une influence d’autres pays

La Russie a souvent été vue avec méfiance par les pays de l’étranger proche, ceux-ci craignant une remise en question de leur indépendance. Le fait que les trois pays baltes se soient tout de suite détournés de la Russie au lendemain de la chute de l’URSS pour se tourner vers l’Occident et l’Europe démontre bien ce refus de l’influence russe.

En effet, les populations des pays de l’étranger proche voient davantage en la Russie l’autoritarisme et le passé qu’un partenaire de confiance. A cause de cela, certains pays recherchent un rapprochement avec l’Occident notamment l’Europe et les États-Unis, ceux-ci incarnant des idéaux de démocratie auxquels ces populations aspirent. Cela peut se voir avec l’évolution des relations diplomatiques de l’Ukraine qui a essayé de se rapprocher de l’Europe à plusieurs reprises depuis la chute de l’URSS : une première fois en 2004 avec la révolution orange qui conduira l’Ukraine à se rapprocher de l’OTAN et de l’UE et une deuxième fois en 2014. Dans la même logique, la Géorgie a aussi voulu se rapprocher de l’Europe en 2003 dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui la révolution des roses qui a permis à un candidat pro-europe d’accéder à la présidence.

Dans ces deux cas, la réaction russe a été la même : une invasion militaire avec pour objectif non seulement de s’assurer la prépondérance de son influence mais aussi d’envoyer un message aux autres pays de l’étranger proche : la Russie veut montrer qu’elle a les moyens de maintenir son influence et est prête à tout pour la conserver. On peut le voir encore aujourd’hui avec les troupes russes qui sont présentes dans deux régions séparatistes de Géorgie ou avec l’actuelle guerre en Ukraine.

Cependant, ces réactions ont entrainé un rejet de la Russie par les populations de ces pays mais aussi par celles d’autres membres de l’étranger proche. L’influence russe a dès lors considérablement diminué. De plus, on peut se demander si la Russie a encore vraiment les moyens de conserver son influence : la guerre en Ukraine n’est pas aussi rapide que ce que le Kremlin le prévoyait, et la population ukrainienne, par sa résistance et sa demande de soutien à l’Occident, montre qu’elle souhaite se défaire de cette influence et se rapprocher du reste de l’Europe.


De plus, de nouveaux pays commencent à avoir une influence dans les pays de l’étranger proche. En tête, la Chine, notamment dans le cadre de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghaï) qui est une organisation internationale en Asie principalement menée par la Chine afin de promouvoir la coopération économique entre ses états membres. La Russie ainsi que les cinq pays d’Asie centrale en font partie et la Chine commence à éclipser progressivement l’influence russe comme le prouve le partenariat dans le cadre des routes de la soie. De plus, la Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Kirghizistan à la place de la Russie il y a quelques années.

Dans le même ordre d’idée, la Turquie commence aussi à avoir une influence importante dans la région. La Turquie soutient l’Azerbaïdjan dans son conflit contre l’Arménie à la différence de la Russie qui se place surtout en tant qu’arbitre. De plus, la Turquie renforce son influence en Asie centrale via le sommet de l’Organisation des États turciques (OET), qui a comme membres la Turquie et tous les pays d’Asie centrale. Il s’agit d’une organisation qui promeut les échanges entre ces pays car ils partagent une culture et une langue similaire.



Sommet de l’OCS à Samarcande en 2022, durant lequel Xi Jinping a initié de nouveaux projets avec l’Asie Centrale


Conclusion :


Moscou a toujours tenu à son étranger proche, considérant la région comme étant une zone sûre pour la Russie et lui servant de tampon avec des ennemis potentiels, notamment l’Occident. Mais ces derniers temps, la Russie, à cause de ses actions et de son image, perd cette influence au profit d’autres pays. Malgré cela, elle reste encore d’une grande importance dans cette région et continue d’y avoir un certain contrôle. Mais pour parer à cette perte d’influence, on peut observer que Moscou tente de se rapprocher de nouvelles régions du monde, notamment l’Afrique et le Moyen-Orient.




Sources :


https://www.courrierinternational.com/article/sommet-l-espace-turcophone-poursuit-sa-consolidation

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/20/vladimir-poutine-en-perte-d-influence_6142376_3232.html

https://carnegieendowment.org/politika/88698

https://www.contrepoints.org/2022/11/04/442214-la-russie-un-pays-en-perte-dinfluence

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/06/moscou-en-perte-d-influence-aupres-des-pays-d-asie-centrale_6129058_3210.html

https://kyivindependent.com/eastern-europe/how-russia-loses-allies-influence-amid-its-aggression-against-ukraine



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