• Rémi Darrigade

L’attribution de la coupe du Monde 2022 au Qatar : un sujet aux multiples enjeux et controverses




Partie 1 : L’attribution du Mondial au Qatar : une élection contestée


A moins de deux mois du début de la Coupe du monde de football au Qatar, cet événement qui d’habitude suscite un engouement planétaire n’a jamais été autant décrié ces derniers mois. En effet, la question des droits de l’homme et la question écologique sont au centre des critiques et ce qui normalement déchaîne les passions, le football, sport le plus populaire au monde, passe cette année au second plan à travers cette attribution jugée pour certains comme « immorale » et « inacceptable ». En 2018, la Coupe du monde en Russie avait réuni plus de 2,5 milliards de téléspectateurs tout au long de la compétition et près de la moitié de la population mondiale était devant un écran lors de la finale entre la France et la Croatie. Pour comprendre en quoi l’attribution du Mondial au Qatar cristallise la défiance et l’indignation, il est intéressant de revenir il y a près de 12 ans, lorsque la Fifa, la fédération sportive internationale de football, a permis au Qatar d’organiser la Coupe du Monde 2022 de football.




1. Le déroulement du vote du pays hôte :


Le 2 décembre 2010, 5 pays sont en liste pour organiser ce Mondial 2022 de football : le Qatar, les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon ainsi que l’Australie. Pour chaque attribution d’une Coupe du Monde, 4 différents tours ont lieu et à chacun de ces tours, un pays se retrouve éliminé. Ainsi, 22 membres du Comité Exécutif de la Fifa sont chargés de voter pour désigner le futur pays hôte de la compétition. Ce qui marque considérablement ce vote est le fait que le Qatar sera toujours en tête à la fin de chaque tour et c’est donc l’émirat du Moyen-Orient qui remporte l’élection en finale bien loin devant les Etats-Unis (14 voix à 8).


2. Pourquoi ce vote fait-il l’objet d’un scandale ?


Tout d’abord, au fil du temps, la manière dont les pays sont choisis pour organiser la Coupe du monde a toujours fait débat. Beaucoup de dirigeants du ballon rond ont toujours reproché à la Fifa ce système particulièrement restrictif puisque tout repose sur le vote de 22 personnes, ce qui peut sembler très peu au regard de la mission colossale qui leur est attribuée, décider de l’organisation de l’évènement sportif le plus médiatisé dans le monde. D’ailleurs, en 2013, la Fifa revoit complètement son système d’attribution pour l’élection du pays hôte en 2030. Ce sont maintenant des délégués des 209 pays de l’Organisation mondiale qui décideront les futurs pays élus.

Pour autant, le système à 22 votes ne posait aucun problème auparavant. Pourquoi a-t-il donc été changé ? Si l’attribution de la Coupe du monde au Qatar insurge autant l’opinion publique, c’est parce que déjà, pour le vote de la Coupe du monde 2018 et la victoire de la Russie, des suspicions de corruption ont eu lieu sur un grand nombre de votants. Le triomphe du Qatar va donc immédiatement poser question si bien que Joseph Blatter, le président de la Fifa alors en exercice ainsi que 10 des électeurs seront entendus par la justice pour s’expliquer sur les résultats du vote. Les principaux soupçons de corruption lors de cette élection reposent sur Chuck Blazer, Nicolas Leoz et Jack Warner, représentants à l’époque des fédérations la Concacaf (la Fédération de football d’Amérique du Nord et d’Amérique Centrale) et du Conmebol (la fédération de football d’Amérique du Sud). Ces 3 personnes démissionneront de leur poste et seront inculpés en 2014 pour des faits de corruption.

Pire, 2 autres affaires décrédibilisent encore plus le résultat de cette élection. La plus retentissante est celle de Mohamed Ben Hammam, ancien dirigeant qatari de la confédération asiatique de football. Il est suspendu et radié de la Fifa quelques mois après le vote car soupçonné d’avoir remis des « caisses noires » de millions de dollars à certains membres de la Fifa et à ses soutiens pour faciliter l'élection du Qatar.

À la suite de ces inculpations, le monde du football se retrouve fragilisé. Tout un processus est remis en cause lorsque Mohamed Ben Hammam reçoit le soutien de plusieurs dirigeants comme Constant Omari, président de la Fédération congolaise (RDC) de football, expliquant que ce type de soutien est monnaie courante dans le milieu. D’ailleurs, en 2021, Constant Omari sera suspendu 1 an par la Fifa pour des accusations encore de corruption.





L’attribution du Mondial de football 2022 au Qatar est donc contestable au regard du processus de vote et des personnes qui se sont retrouvées en charge de la décision du scrutin. Cependant, nous verrons dans une deuxième partie que le Qatar avait de très bons atouts en terme d’organisateur et plus que les 4 autres pays en course à l’époque pour l’évènement.


Partie 2 : Pourquoi l’élection du Qatar n’est finalement pas une surprise ?

Partie 3 : La question du boycott de l’évènement


Sources :

https://rmcsport.bfmtv.com/football/coupe-du-monde/coupe-du-monde-2022-l-enquete-sur-l-attribution-au-qatar-se-poursuit-en-france_AV-202111190134.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9signation_du_pays_organisateur_de_la_Coupe_du_monde_de_football

https://www.liberation.fr/dossier/coupe-du-monde-de-football-2022-au-qatar/

https://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/17/pourquoi-le-qatar-a-emporte-l-organisation-de-la-coupe-du-monde-2022_1455030_3232.html

https://www.lemonde.fr/football/article/2015/06/04/le-systeme-d-attribution-des-coupes-du-monde-sur-la-sellette_4647192_1616938.html


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