• Elisa Lefevre

L’homme qui répare les femmes

Updated: Feb 17, 2021

« 1 homme sur 100 est un leader, les 99 autres suivent une femme » déclare le rappeur Médine dans le titre dédié au chirurgien Denis Mukwege de son album Storyteller.


Cette phrase illustre à la perfection l’engagement du gynécologue dans la lutte contre les mutilations génétiques pratiquées sur les femmes en République démocratique du Congo. En effet, Denis Mukwege détient un diplôme de médecine et est spécialisé en gynécologie, c’est de cette façon qu’il a pu soigner plus de 40 000 patientes victimes de viol ou de mutilation et ainsi recevoir le Prix Nobel de la paix en 2018.


Son combat commença en 1999, c’est à cette date qu’il fonda l’hôpital Panzi situé à Bukavu en République démocratique du Congo. La Première guerre du Congo éclata en 1996, l’hôpital où travaillait Mukwege à l’époque fut détruit et le médecin fut contraint de quitter Lemara pour Bukavu. C’est en soignant sa première patiente que le chirurgien pris conscience de la situation dramatique dans lequel était plongé son pays et s’engagea dans la lutte contre la mortalité maternelle. L’histoire de sa patiente est tout ce qu’il y a des plus tragiques, celle-ci n’était pas venue pour accoucher mais parce qu’elle avait été violée. Son agresseur avait tiré à bout portant sur son appareil génital et la patiente dû subir six interventions chirurgicales avant de reprendre une vie à peu près normale. Il fût profondément traumatisé par cet acte barbare qu’il considéra, au départ, comme exceptionnel et commis par un individu inconscient de ses gestes. Cependant, trois mois plus tard il avait déjà soigné plus de 45 femmes victimes d’agressions sexuelles.


Cet acte barbare et inhumain que représente le viol de guerre englobe les actes de viol, d’agression sexuelle, de prostitution forcée et d’esclavage sexuel commis dans un contexte de guerre ou de conflit. On parle de viol comme arme de guerre ou comme méthode de guerre lorsqu’il est planifié par une autorité politico-militaire et utilisé de manière stratégique par une des parties d’un conflit pour humilier, affaiblir assujettir, chasser ou détruire l’autre. Il s’agit généralement des viols de masse (perpétrés sur de nombreuses victimes), multiples (une victime est agressée à plusieurs reprises) et collectifs (la victime est agressée par plusieurs assaillants), fréquemment commis en public, accompagnés le plus souvent de brutalités et de coups. Dans le cas de la République démocratique du Congo, il s’agit également d’une manœuvre de l’adversaire pour s’implanter dans une région en créant un métissage entre la population locale et le groupe d’occupation.


Ces viols traumatisent les populations, la femme violée est déshonorée et le mari est humilié. La femme, hantée par une insécurité permanente fuit pour trouver un refuge. Tandis que, l’homme du foyer le quitte pour s’abriter quelque part où personne ne le connaît. Ces agressions sexuelles entraîne souvent une perte d’identité de la victime. Il n’est pas rare qu’une patiente dise : « je ne suis plus une femme ». Quant aux hommes, ils pensent souvent qu’ils ne sont plus dignes d’être pères. La situation est tout aussi dramatique, sinon plus, pour les enfants nés d’un viol. Ils sont rejetés par leur propre communauté et tout est fait pour les déshumaniser, on les appelle notamment « les enfants des serpents ». Au-delà des troubles psychologiques que cela entraîne, les viols provoquent dans la plupart des cas l’incapacité de la femme de se reproduire, quand ils ne la tuent pas, et propagent de manière exponentielle des maladies sexuellement transmissibles. Cette situation crée alors un état de chaos et les agresseurs peuvent ainsi régner en maîtres absolus des lieux pour mieux piller toutes les ressources minières disponibles.


Denis Mukwege, a donc quitté le confort que lui offrait l’Europe, région où il effectuait auparavant ses études, pour se consacrer à cette lutte car il était tiraillé par le fait qu’il ait des personnes dans certaines parties du monde qui avaient besoin de son aide. Et il le dit explicitement : « comment pourrais-je rester ici, avoir la conscience tranquille en sachant que là-bas, les gens manquent de tout, qu’ils ne peuvent compter sur aucun soutien ? »

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