• Victor Peltier

La démission de Liz Truss : pourquoi une telle chute et quel avenir pour le Royaume-Uni ?


Le 4 octobre 2022, Liz Truss, alors Première Ministre britannique, annonçait sa démission de ses fonctions battant ainsi le record du mandat le plus court pour un premier ministre dans l’histoire du Royaume-Uni. Pour beaucoup, cette annonce n’était pas une surprise car cela faisait plusieurs jours qu’elle perdait ses soutiens, que ce soit dans la population ou au sein de son propre parti. Mais alors qu’est-il arrivé pour que Liz Truss, élue après la démission de Boris Johnson, suive la même voie que ce dernier à peine quelques semaines plus tard ? Certaines mauvaises décisions peuvent expliquer cela, mais la situation actuelle du Royaume-Uni, subissant plusieurs crises en même temps, est un autre facteur décisif qui explique que le parti conservateur, actuellement au pouvoir, voit un quatrième leader démissionner en moins de 6 ans.


Liz Truss devant le 10th Downing Street, résidence du Premier Ministre britannique

Qui est Liz Truss ?


Liz Truss est née le 26 juillet 1975, et fut élevée par des parents situés à gauche politiquement. Elle a fait ses études dans un lycée public, chose qu’elle a mis régulièrement en avant durant sa carrière politique, notamment durant les élections en été 2022 au sein du parti conservateur pour choisir un nouveau leader, en disant qu’elle vient du peuple et donc qu’elle le comprend. Elle intègrera ensuite Oxford et y finira ses études en 1996.


Elle commencera sa carrière politique en 2010 en étant élue dans sa circonscription. Elle devient ensuite membre du gouvernement de David Cameron en tant que secrétaire d’Etat de l’environnement puis de la justice. Elle votera contre le Brexit en 2016, en signant une tribune dans le Sun où elle explique que cela serait une tragédie pour le Royaume-Uni de quitter l’Union Européenne et que les entreprises britanniques auront beaucoup plus de mal à vendre à l’étranger. Mais finalement, elle reviendra sur ses propos et soutiendra fortement par la suite le Brexit. Après la démission de David Cameron, elle rejoindra le gouvernement de Theresa May où elle sera ministre de la justice.


Après la démission de Theresa May, Liz Truss sera l’une des premières à soutenir Boris Johnson en tant que nouveau premier ministre britannique. Ce soutien lui sera d’ailleurs rendu car, sous l’administration Johnson, elle sera nommée d’abord secrétaire d’Etat au commerce de 2019 à 2021 puis ministre des Affaires étrangères.


Suite à la démission de Boris Johnson, elle fait partie des 8 candidats et des deux favoris avec Rishi Sunak pour lui succéder. Elle se distingue surtout par sa proximité avec les idées politiques de Margaret Thatcher (première ministre britannique de 1979 à 1990). Elle prône donc un fort libéralisme, avec un état n’intervenant que peu dans l’économie. L’une de ses principales propositions pendant les élections au sein du parti conservateur sera de diminuer les impôts, notamment sur les plus grandes fortunes.


Le 6 septembre, elle est officiellement élue avec 57% des voix face à 43% pour son concurrent.



D’un début de mandat compliqué à la chute totale


L’élection de Liz Truss s’est faite dans un contexte de multiples crises. D’abord économique, le Royaume-Uni étant victime d’une très forte inflation, notamment sur les prix de l’énergie. Mais aussi politique, le parti conservateur restait très divisé : malgré les récentes élections et les appels à l’unité, plusieurs membres ne soutenaient pas son programme et continuaient de lui préférer Rishi Sunak. De plus, les multiples scandales de Boris Johnson avaient mis à mal l’image du parti. Le tout dans le contexte de la guerre en Ukraine, mais aussi des effets du Brexit et de certaines conséquences après la pandémie.


Enfin, la mort de la reine Elizabeth II, le 8 septembre, soit 2 jours après l’élection de Liz Truss, a empêché presque toute action politique pendant 2 semaines à cause de la période de deuil, rendant son début de mandat encore plus difficile.


Liz Truss arrive donc au pouvoir dans une situation très délicate entre un Royaume-Uni en crise et un parti conservateur divisé. Mais ce qui a déclenché sa chute a été la présentation le 23 septembre par son ministre des finances et plus proche allié, Kwasi Karteng d’un programme de finance censé permettre de gérer les multiples crises. On retrouvait dans ce dernier des annonces de réduction d’impôts, notamment pour les plus grandes fortunes, comme annoncé pendant sa campagne. Cependant, il n’y avait aucune mesure qui expliquait comme l’état britannique compenserait cette réduction d’impôts afin de pouvoir se financer.


La présentation de ce programme a entraîné une panique sur les marchés financiers et a fait chuter la valeur de la livre sterling alors qu’elle avait déjà atteint un niveau historiquement bas. Pour pallier à cela, la banque centrale d’Angleterre sera obligée d’intervenir et d’augmenter les taux d’intérêts aggravant l’inflation qui était déjà très haute. Cela mettra non seulement à mal l’image du parti conservateur et plus particulièrement du gouvernement de Liz Truss, car cela donnait l’impression que seuls les plus riches étaient pris en compte, mais cela forcera aussi la première ministre britannique à devoir renoncer à sa mesure principale.


Suite à cela, Kwasi Karteng sera renvoyé de son poste et remplacé par Jeremy Hunt le 14 octobre afin de calmer les marchés financiers d’une part, et de montrer une volonté de changement dans sa politique. Malgré ce renvoi de son plus fidèle soutien, la démission de Liz Truss n’était plus qu’une question de jours car elle avait perdu le soutien de la population mais aussi de la plupart des membres du parti conservateur, comme l’a illustré la démission de Suella Braverman, ministre de l’Intérieur, qui expliqua clairement qu’elle ne soutenait plus la première ministre britannique.


Finalement, le jeudi 20 octobre, Liz Truss annoncera sa démission, 44 jours après avoir été élue, faisant d’elle la première ministre britannique à être restée le moins longtemps au pouvoir.



L’après Liz Truss


Après sa démission, le parti conservateur a dû de nouveau élire un nouveau leader. Certains noms retiendront l’attention, notamment celui de Rishi Sunak, battu il y a à peine 6 semaines par Liz Truss mais qui avait averti pendant les précédentes élections que le programme de sa concurrente n’était pas réaliste dans le contexte actuel. Certains parlaient aussi d’un retour potentiel de Boris Johnson quelques mois seulement après sa démission. Mais finalement, Johnson annoncera lui-même qu’il ne se présentera pas pour revenir à la tête du parti conservateur. Rishi Sunak sera finalement élu en tant que nouveau premier ministre britannique le 25 octobre 2022.


À présent, Rishi Sunak a plusieurs défis qui l’attendent comme l’inflation qui dépasse les 10% au Royaume-Uni, un parti qui a eu 4 leaders en cinq ans où les conséquences du Brexit qui se font de plus en plus ressentir. Il a annoncé après son élection qu’il « réparerait » les erreurs de Liz Truss et de Boris Johnson mais il a malgré tout gardé un gouvernement proche des deux précédents notamment en conservant Jeremy Hunt en tant que ministre des finances et en rappelant Suella Braverman au poste de ministre de l’Intérieur. Nous verrons donc à l’avenir si Rishi Sunak sera capable de gérer les multiples crises ou s’il aura la même fin que ses prédécesseurs.


Rishi Sunak, nouveau Premier Ministre du Royaume-Uni, a pris ses fonctions le 25 octobre 2022




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