• Romain Ginet

La diabolisation de la police ne résoudra pas les problèmes de la communauté afro-américaine

Updated: Mar 11, 2021

La police Américaine, bien qu’ayant les vertus de la société qu’elle sert, en a aussi les défauts. Néanmoins, elle est devenue le symbole de toutes les difficultés auxquelles est confrontée la communauté noire. Cette diabolisation des forces de police polarise la société et pourrait avoir des conséquences durables sur le sort des Afro-américains. Avant-propos L’enjeu de cet article est de mettre en lumière la diabolisation de la police aux Etats-Unis ainsi que la nécessité d’une réforme des autorités. Cette diabolisation détourne trop souvent l’attention de la population comme celle des gouvernants, en ce qui concerne les inégalités auxquelles les Afro-américains doivent faire face (augmentation du nombre de foyers monoparentaux afro-américains, inégalités spatiales, économiques et sociales, un système judiciaire à double vitesse, etc.). Cet article n’a pas pour but de minimiser les injustices dont sont victimes les Afro-américains ni de nier l’existence de policiers racistes ou celle des bavures policières qui détériorent chaque jour la relation entre la police et la population. Il s’agit, cependant, de rationaliser la situation actuelle sans ignorer la part de responsabilité que porte la police dans les événements récents.

Mise en contexte 7 minutes et 46 secondes. C’est le temps que Georges Floyd, afro-américain de 46 ans, a passé, agonisant sur le sol, sous le genou, plaqué contre sa nuque, de l’officier de police Derek Chauvin. 7 minutes et 46 secondes de supplice, auquel des millions de personnes ont assisté via une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Le sentiment est presque unanime : de la peine, de la frustration, parfois même de la rage. Cette tragédie s’est déroulée le 25 mai 2020 à Minneapolis, dans le Minnesota. Elle a été l’élément déclencheur de plusieurs mois de protestations à travers l’Amérique. En marge de ces manifestations (pacifiques à hauteur de 93%), des émeutes ont éclaté, faisant des morts et des blessés dans les deux camps. Le bilan des dommages matériels atteindrait le milliard de dollars. L’organisation Black Lives Matter, née en 2014 porte ce mouvement. Elle en est un symbole. Lors des manifestations qui ont suivi la mort du quadragénaire, on a pu entendre des revendications fermes, telles que « Defund the police », « Abolish the police », ou encore« cops are racist». En visionnant ces 7 minutes 46, il est légitime de penser que cette tragédie est le fruit d’un racisme inhérent à la police. Néanmoins, la vidéo d’une trentaine de minutes publiée par les autorités, quelques semaines après l’incident met le tout en perspective (nous y reviendrons plus tard). Par ailleurs, la police américaine a fait l’objet d’une diabolisation. Elle serait, selon certains activistes, le symbole d’une Amérique raciste dont le dessein serait de brimer la communauté noire. Or, bien qu’elle ait de nombreux défauts, que nous allons énumérer dans cet article, la police n’est pas le fléau de la communauté noire. Au contraire, elle peut en être l’un des remèdes, si elle communique mieux avec la population sur ses procédures et si elle entreprend des réformes en matière de formation.

Une police avant tout au service de la communauté

L’Amérique a un lourd passé. Les conséquences de la ségrégation se font toujours ressentir dans le pays de l’oncle Sam. En effet, les membres de la communauté noire sont souvent géographiquement isolés (ce qui entraine a fortiori un isolement aussi bien social qu’économique). En 2010, dans les zones métropolitaines, un noir avait 4 fois plus de chances qu’un blanc de vivre dans un quartier dans lequel le taux de pauvreté dépassait les 40%. De plus, de tels quartiers sont également touchés par la violence et l’insécurité. S’il est vrai que ces troubles sont en partie causés par des Afro-américains, ces derniers en sont tout autant les victimes. En effet, selon le rapport de 2019 du Bureau of Justice Statistics, un Afro-américain sur deux se dit avoir été victime d’un crime. Ce fait cristallise la frustration de nombreux policiers, dédiant leur vie à protéger les communautés touchées par la violence, qui reçoivent, en retour, invectives et condamnations sous l’égide d’une opinion publique qui, parfois, les juge à travers l’expérience des rares officiers ayant abusé de leur autorité. Ceci n’est pas nouveau, en 2014, le chef de la police de Milwaukee, Edward Flynn, résumait la situation lors d’une cinglante prise de parole. Les journalistes lui avaient reproché de s’être concentré sur son téléphone ce qui, selon eux, était une marque de nonchalance de la part de l’officier. En réalité, il suivait les avancées du décès par balle d’une jeune afro-américaine de 5 ans, victime collatérale d’une fusillade au volant (drive- by shooting). Il explique qu’il s’efforce de garantir la sécurité de sa communauté, dans laquelle 80% des victimes sont noires, tout en faisant face aux critiques du public qui connaît par cœur le nom des trois derniers policiers ayant fait usage de leur arme, sans pouvoir citer les trois derniers Afro-américains victime de la violence de leur quartier. Certes, la police est perfectible. Il y a des officiers mauvais, incompétents, racistes. En plus, il y a beaucoup de problèmes structurels (manque de matériel non létal, de budget, de formation). Mais le but premier des forces de police est de protéger la population. Les premiers bénéficiaires de ceci sont les citoyens déjà touchés par la violence : les Afro-américains.

Analyse factuelle des fusillades : Peut-on observer un racisme à grande échelle ? Par ailleurs, le racisme, dans la police, est-ce un fléau pesant réellement sur la société, ou est-il anecdotique mais mis en lumière par la médiatisation ? En d’autres termes, au-delà de tragédies isolées qui doivent, bien entendu, être lourdement combattues, y a-t-il un racisme latent au sein des autorités américaines ? Analysons les données à notre disposition. La donnée généralement utilisée pour déterminer si la police est raciste est l’analyse du nombre d’américains tués en fonction de leur ethnie. En 2019, 406 blancs ont été tués par la police, contre 259 noirs. Cette donnée est d’une impertinence effarante car elle ne prend pas en compte la proportion de noirs dans la population américaine (13%). Néanmoins, prendre en compte cette proportion est tout aussi impertinent. Ce qu’il faudrait analyser, ce sont les interactions entre les Afro-américains et la police et comparer le taux de mortalité avec celui des autres ethnies. En 2018, le nombre d’arrestation de noir-américains pour des crimes violents était 3,6 fois plus important que celui de blancs. Compte tenu de tous ces chiffres, aucune corrélation claire ne permet de corroborer un racisme latent au sein des forces de police qui motiverait des officiers à tuer des américains pour la seule raison qu’ils soient noirs. En réalité, les statistiques ne permettent en aucun cas de mettre en lumière un quelconque racisme de la part de la police, en ce qui concerne les fusillades. En effet, chaque situation est différente, seule l’utilisation injustifiée d’armes létales doit relever de cette analyse. Si un suspect tire sur la police, cette dernière doit se défendre, peu importe l’ethnie du criminel. Une autre nuance importante, à apporter, est celle du caractère raciste d’une situation qui mène à la mort d’un Afro-américain. Effectivement, même l’usage disproportionné de la force n’est pas la preuve d’un quelconque racisme. L’erreur est possible, même probable : avec environ 50 millions de contacts avec une des populations les plus armées au monde, il est inéluctable que des erreurs (inexcusables) aient lieu. Cependant, quand la victime d’une erreur présumée est noire, les médias, qui jouent parfois le rôle d’inquisiteurs en quête de buzz, font des raccourcis qui lient directement une tragédie au racisme. En revanche, cette explication est trop souvent avancée, par défaut, en faisant fi de toute information apportant du contexte aux événements. Un noir meurt sous les mains d’un policier, qui se trouve être blanc : l’histoire fait vendre, surtout dans un pays au passé ségrégationniste. Il n’est en aucun cas question de nier l’existence de bavures policières motivées par le racisme. Prenons l’exemple de Georges Floyd. La vidéo d’une trentaine de minutes n’a pas fait autant de bruit que celle de 8 minutes, alors qu’elle met toute la situation en perspective. On y voit des policiers appelés pour une utilisation de faux billets. Les officiers approchent Georges Floyd qui est vraisemblablement sous l’emprise de stupéfiants (dose fatale de fentanyl d’après les rapports d’autopsie, même si ce n’est pas ce qui a entraîné la mort de l’Afro-américain). La caméra que porte le policier montre un homme paniqué qui fabule et indique aux policiers qu’il vient de perdre sa mère, morte deux ans auparavant. Il supplie les policiers de ne pas lui tirer dessus, même lorsqu’aucune arme n’est pointée vers lui. Le quadragénaire adopte une attitude de résistance passive. Il refuse ensuite d’entrer dans la voiture de police, criant « I can’t breathe », et affirmant qu’il est claustrophobe. Les policiers restent calmes, promettent de mettre la climatisation et d’ouvrir les fenêtres pour que le suspect soit plus à l’aise dans la voiture. Après quelques minutes et l’usage de la force pour le faire entrer dans la voiture, ils décident de le plaquer au sol. Derek Chauvin, un des policiers sur place, le maîtrise et place son genou sur la nuque de Georges Floyd. Certes, cette pratique est courante, mais, dans une situation où un homme avait du mal à respirer, à tel point qu’il ne pouvait pas entrer dans une voiture, cette action est un usage excessif de la force. Après cette mise en perspective, il est clair que ce qui a causé la mort de Georges Floyd n’est pas un policier raciste qui voulait tuer un concitoyen noir, mais plutôt un manque de formation et l’utilisation d’une technique de soumission classique dans une situation qui ne s’y prêtait pas. Le seul fait que le policier soit blanc ne constitue pas une preuve de racisme. L’exemple de la tragédie dont Georges Floyd a été victime devrait être le symbole d’une nécessité de restructurer les procédures de la police, ainsi que l'entraînement des officiers.

Mise en lumière des procédures policières Dès lors, la police a besoin de revoir ses procédures et d’intensifier l'entraînement des officiers tout au long de leur carrière. Le racisme n’est pas ce qui a tué Georges Floyd. Ce malaise, entre police et population, vient également de la méconnaissance, parfois malhonnête, des médias et des politiques en ce qui concerne le métier de policier. L’information est cependant à portée de main : les autorités publient souvent les vidéos extraites des caméras portés par les hommes en bleu. Les rapports sont également publiés, expliquant chaque action des officiers. La chaîne YouTube PoliceActivity compile ces vidéos. Après le visionnage de plusieurs heures de vidéos et la lecture de nombreux rapports, l’explication des comportements des policiers est limpide. Ces derniers doivent agir dans un contexte où chaque citoyen peut avoir une arme, dans sa voiture comme dans sa poche. Certaines situations dégénèrent rapidement. Il y a des interactions qui commencent par une conversation banale entre deux individus qui peuvent aboutir à la mort d’une ou plusieurs personnes. C’est un des éléments qui rend le travail de policier si particulier. Cela demande une concentration de tous les instants. Certains événements sont ainsi organisés pour aider la population à comprendre en quoi consiste le travail d’un policier. Jarrett Maupin, un activiste qui critiquait l’usage de la force par la police a participé à un de ces événements. Il a été mis dans des situations, durant lesquelles il pouvait choisir de faire usage de son arme ou non. Dans chaque situation, il a échoué. En conditions normales, il aurait été tué. Cela souligne la difficulté de prendre des décisions en une fraction de seconde, pendant laquelle toute hésitation peut être fatale. Prenons un exemple très médiatisé qui symbolise la méconnaissance des procédures policières par la population civile. Jacob Blake est un Afro-américain qui a reçu 7 balles dans le dos alors qu’il n’était pas armé. Ce drame s’est produit le 23 Août 2020 à Kenosha, dans le Wisconsin. Des manifestations et des émeutes ont suivi cet événement. On a pu lire dans les journaux qu’un homme noir, qui voulait pacifier une situation tendue, a été mal identifié par la police, à la suite de quoi il aurait reçu 7 balles dans le dos (il est maintenant paralysé des membres inférieurs). En réalité, la police est intervenue parce qu’il s’était introduit chez son ex-compagne. Cette dernière a appelé la police car il l’aurait agressée sexuellement. Il y avait également un mandat d’arrêt contre lui. Cependant, même si cette confusion corrobore l’utilisation politique et idéologique de certains médias qui ne cherchent pas toujours activement la vérité, le fait que Blake soit recherché ne justifie pas 7 balles dans le dos. Dans la vidéo, on voit Jacob Blake être tasé à plusieurs reprises, avant de se relever, de se diriger vers la voiture pour y chercher quelque chose. Les policiers sur place ont choisi de lui tirer dessus. Jacob Blake étant noir, l’hypothèse de motivations racistes de la police n’a pas mis longtemps à être soulevée. Est-ce pour cela un incident raciste ? Durant les manifestations qui ont suivi la tragédie, on a entendu dire qu’il avait reçu 7 balles parce qu’il était noir. Or, la couleur de peau ne détermine pas le nombre de balles dont la police fait usage. En effet, il est courant qu’un policier ait à tirer un nombre important de balles, quel que soit la couleur de peau du suspect, et ce, même s’il n’est pas armé. On peut prendre l’exemple de David Patrick Sullivan. Le 19 Aout 2019, ce jeune américain blanc a été abattu par la police. Il venait de voler 1000$ à la station-service où il travaillait. Il s’est fait contrôler par un policier alors qu’il était dans son véhicule. Il a d’abord tenté de s’échapper, avant de se ruer vers l’un des policiers sur place. Il n’a pas eu l’occasion de l’approcher car l’officier a tiré 7 balles dans sa direction. En visionnant les images, il est légitime de se demander si l’usage d’une arme létale était nécessaire. Cependant, cet incident n’a fait aucun buzz. Par ailleurs, la police a considéré que ce n’était pas un usage excessif de force, compte tenu des sommations vociférées et du comportement du jeune homme de 19 ans. Qu’est-ce qui justifie donc l’utilisation d’autant de balles ? Pour comprendre l’usage de la force par la police, il faut analyser plusieurs éléments. Lorsqu’un officier utilise son arme, le seul et unique but est de neutraliser le danger. Le nombre de balles importe peu. En effet, il est courant que trois voire quatre balles ne suffisent pas à neutraliser un criminel. Durant ce laps de temps, le suspect a la liberté de faire usage de son arme. Les deux fusillades, l’une impliquant Keith Bergman et l’autre Sean Ruis, montrent bien que la réalité est bien éloignée des jeux vidéos. Il en est de même pour le mythe selon lequel il faudrait « viser les jambes ». Effectivement, la cible est plus difficile à atteindre. De fait, si une jambe est atteinte, le suspect a tout de même la possibilité de faire usage de son arme, et enfin, si l’artère fémorale est touchée (par la balle, ou pas des fragments osseux), le pronostic vital du suspect peut être engagé. Dans le cas de Jacob Blake, ce qui a motivé l’utilisation d’une arme létale, c’est la résistance du criminel au taser et sa tentative de saisir quelque chose dans sa voiture. Les policiers étaient donc dans l’obligation d’intervenir. S’il avait saisi une arme, l’issue aurait pu être fatale pour les officiers présents sur la scène. Certes, les policiers sur place étaient assez nombreux pour empêcher Jacob Blake de se diriger vers sa voiture, (on fait une fois de plus face à un problème de formation), mais dès que ce dernier a atteint sa voiture, la décision de tirer doit être prise. En juillet 2018, une policière de l’Illinois a failli perdre la vie durant un contrôle routier. Elle a demandé l’assurance de la voiture à un homme qui la lui a donnée avant de saisir une arme et de tirer à bout portant. Par chance, l’arme s’est enrayée. Cela montre l’imprévisibilité de chaque situation auxquelles la police fait face. Chaque individu est potentiellement armé et les temps de réaction sont courts. C’est justement pour ces raisons-là qu’il ne faut pas priver les forces de police d'un budget déjà trop serré. L'entraînement de chaque officier, tout au long de sa carrière, leur permet de mieux répondre aux situations délicates. L’équipement en armes non létales doit également être augmenté, ce qui est impossible dans le cas de coupes budgétaires.


Les mythes sur la police contribuent à la diabolisation de cette dernière


En outre, ces éléments mettent en perspective la vision manichéenne selon laquelle la police est raciste, ce qui justifierait son abolition. Cette dernière est perfectible, a de nombreux défauts que le manque de budget ne peut qu’amplifier. De plus, cette diabolisation des forces de l’ordre entraîne des conséquences tragiques sur la société américaine. Elle détourne la communauté noire des autres problèmes auxquels elle fait face, sans oublier l’augmentation des tensions entre la police et la population. Les médias ne facilitent pas la tâche. A chaque incident, personne n’attend les faits et chacun y va de sa propre analyse, sans arguments corroborant leurs dires. C’est ainsi que l’organisation Black Lives Matter (BLM) est née : à la suite d’une bavure policière qui n’en était pas une. Bien entendu, il ne s’agit pas de remettre en question l’utilité du mouvement. Au contraire. Il a permis de donner de l’importance à de nombreuses victimes de bavures policières. Il a également permis aux jeunes Afro-américains de témoigner, d’avoir la possibilité de se faire entendre, de manifester leur souffrance. De plus, cette organisation prend une ampleur plus large et vise à lutter contre toutes les inégalités que subit la communauté noire. Ainsi, L’action de BLM est louable, elle vise à lutter contre les discriminations, le racisme et la division, mais elle se trompe parfois d’ennemi. En effet, sous prétexte de défendre les droits des Afro-américains, certains activistes développent une idéologie et condamnent la police dès lors qu’un individu noir est concerné. Ceci est dangereux, puisque l’organisation prend parfois la forme d’une entité inquisitrice, faisant fi des éléments factuels à sa disposition afin de défendre des criminels qui ont été légitimement et légalement abattus par la police. BLM est née en 2014, après la mort de Mike Brown, un américain de 18 ans vivant dans le Missouri. Le jeune homme a été tué après avoir volé une supérette. Il est parti à pied avec l’un de ses amis. Un policier l’a aperçu et s’est arrêté puisqu’il correspondait à la description du fugitif. Lors de l’altercation, il a reçu quatre balles dans le bras, une dans l’œil et une dans la partie supérieure du crâne, suivant une trajectoire descendante. Toutes les balles ont été tirées à bout portant.

Les premières versions ont été les suivantes : Le policier a abattu Mike Brown de sang- froid alors que le jeune afro-américain était agenouillé, et criait « hands up, don’t shoot

». Plusieurs témoins ont corroboré cette version, y compris l’ami qui se trouvait avec lui au moment des faits. Après une autopsie et une enquête poussée, la lumière a été faite sur le sujet. Voici ce que l’on sait : Mike Brown a frappé le policier qui voulait sortir du véhicule et a tenté de prendre son arme. Le policier est parvenu à faire usage de son arme, touchant ainsi le jeune américain au bras. Ce dernier s’est enfui, avant de faire demi-tour et de charger le policier qui a répliqué par une balle dans l’œil et une sur la partie supérieure du crâne. Comme M. Brown était en train de charger, la trajectoire descendante valide ce scénario.

Bien que la lumière ait été faite sur cet événement, Mike Brown reste un symbole de la brutalité policière, et le mythe de son exécution, à genou, criant « hands up, don’t shoot » est toujours de mise. Certes, il faut lutter contre le racisme et tout incident qui concerne la police doit être puni avec la plus grande fermeté. Cependant, ce genre d’histoires nourrit inutilement les tensions entre la police et la population. De plus, cela ne fait que tendre les interventions des autorités. Les jeunes Afro-américains sont tentés de fuir devant la police, ce qui les met en danger.


De la même manière, la prise de position de Lebron James sur le sujet ne fait qu’empirer les choses. Il a publiquement affirmé qu’il avait toujours eu peur des autorités, qu’il ne savait pas ce qui se passait dans la tête des policiers. « On ne sait pas s’il s’est levé du mauvais pied (…), ou s’il s’est levé en se disant, okay, aujourd’hui, ça va être la fin pour ces noirs ». Ces propos contribuent au manque de confiance des noir-américains envers la police. Cela peut engendrer de la peur et de la nervosité chez les jeunes Afro-américains qui sont tentés de fuir pour leur vie ou de ne pas coopérer, ce qui les met encore plus en danger.

Ces prises de position et ces unes faisant fi de toute information factuelle ont contribué à polariser une société déjà très divisée. La communauté noire souffre de fortes inégalités. Elle a besoin d’un soutien de la part de la société. Or, si la société est globalement d’accord pour lutter contre le racisme et la brutalité policière, l’image fantasmée et diabolisée des autorités a mené certains à se liguer contre cette cause à l’origine louable, en apportant leur soutien à la police en toute circonstance. Or, cette vision manichéenne de la situation n’apporte que du chaos. Il doit pouvoir être possible de lutter contre la brutalité policière sans affirmer qu’elle se caractérise par un racisme latent. Par ailleurs, la communauté noire a besoin de la police. En 2008, 93% des crimes commis contre des Afro-américains étaient commis par des Afro-américains. Les conséquences de l’abolition de la police ou d’une baisse considérable de son budget seraient désastreuses. Néanmoins, bien que la police soit nécessaire, elle a besoin de meilleurs financements, d’une réforme de ses procédures et d’une meilleure relation avec la communauté (qui peut passer par des campagnes de sensibilisation au métier, le témoignage d’Afro-américains qui ont rejoint les autorités et par la sévérité des sanctions prononcées envers les policiers ayant abusé de leur pouvoir).


Conclusion


En somme, la société doit rationaliser les événements tragiques impliquant la police et les Afro-américains, en attendant les faits. De son côté, la police doit s’efforcer de mieux communiquer avec la population. Certains médias sont une cause perdue qui polarisent la société, et ce, quelle que soit leur orientation politique. D’un côté, il y a une légitimation sans modération de toute action commise par la police. De l’autre, une diabolisation des autorités qui mène à une exacerbation et une méfiance de la population envers la police. Le gouvernement a un rôle central à jouer : la communauté noire souffre de bien d’autres maux, en plus de la brutalité policière. Or, la lutte contre les inégalités économiques et sociales semble être devenue secondaire dans l’analyse de la situation des Afro-américains. Il faut que cela change.


Sources


https://time.com/5886348/report-peaceful-protests/


https://eu.jsonline.com/story/news/crime/2018/02/08/remember-viral-video- milwaukee-police-chief-edward-flynn-heres-story-behind/313514002/


https://www.pnas.org/content/113/47/13372


https://www.fox10phoenix.com/story/27788056/2015/01/07/activist-critical-of- police-undergoes-use-of-force-scenarios


https://www.politifact.com/factchecks/2020/sep/25/blog-posting/two-autopsies- found-george-floyds-death-was-homici/


https://www.bostonglobe.com/2020/06/11/opinion/statistical-paradox-police-kill


https://www.washingtonpost.com/blogs/post-partisan/wp/2015/03/16/lesson- learned-from-the-shooting-of-michael-brown/


https://www.hks.harvard.edu/sites/default/files/centers/wiener/programs/pcj/files/ PoliceandPublicDiscourseBlackonBlackViolence.pdf

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