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  • Paul Soyo

Le plafond de la dette américaine : menace pour l’économie mondiale ?

Introduction


Le sujet du plafond de la dette américaine est crucial, tant parce qu’il agite l’actualité que parce qu’il permet de comprendre en grande partie le mandat de Joe Biden et les différents rapports de force. Tout d’abord, il est important de définir ce qu’est le plafond de la dette aux États-Unis ou « debt ceiling ». D’après l’Article I de la Constitution, seul le Congrès peut autoriser les emprunts au nom des États-Unis, détail qui a son importance comme nous le verrons par la suite. De la création des États-Unis jusqu’en 1917, tous les emprunts étaient autorisés, ce n’est qu’à partir de l’entrée américaine dans la Première Guerre Mondiale que le Congrès décida d’instaurer le fameux plafond de la dette. Ce plafond ne limite pas le déficit budgétaire de l’État américain mais seulement le montant de la dette que le Trésor américain peut assumer. Lorsque le plafond de la dette est atteint, le Trésor américain peut avoir recours à des « mesures extraordinaires » pour financer une partie de la dette, mais elles ne peuvent en aucun cas recouvrer toutes les créances, ce qui signifierait que l’État américain ne serait plus solvable : cela entraînerait une grave crise économique et sans doute une récession. Toutefois, le Trésor américain n’a jamais eu besoin de recourir à ces mesures d’urgences.


Le 10 mars 2021, soit cinquante jours après son arrivée à la Maison Blanche, le président américain Joe Biden réussit à faire adopter par le Congrès son plan de relance d’un montant de 1 900 milliards intitulé « Build Back Better ». Bien que pour l’adopter l’État américain ait dû s’endetter massivement, cela ressemblait à une première victoire pour le parti démocrate et le président fraîchement élu. Toutefois, ce plan de relance a entraîné des répercussions extrêmement handicapantes pour la suite du mandat. En effet, le plafond de la dette américaine allait être dépassé dans quelques mois si rien n’était fait, avec pour conséquences des effets catastrophiques pour l’économie américaine et mondiale. C’est pourquoi, le 6 octobre 2021, le gouvernement a soumis au Congrès une réévaluation de ce plafond pour ne pas faire banqueroute. Pourtant, lors de ce vote, les républicains, et même certains démocrates, comme le sénateur du Kentucky Mitch McConnell, ont décidé de voter contre. Même si certains justifiaient ce refus par la crainte d’un retour de l’inflation (craintes qui s’avèreront légitimes), c’était surtout une belle opportunité pour mettre la pression sur le gouvernement de Joe Biden. En effet, ce nouvel endettement n’était pas destiné à financer de nouvelles réformes mais à rembourser des emprunts pour les réformes des anciens gouvernements, autrement dit, à faire « rouler la dette » (emprunter pour rembourser d’autres emprunts, une pratique qui concerne la France et l’Europe également) ; d’autant plus que la réévaluation du plafond de la dette est plutôt chose courante et les Républicains l’ont fait sous le mandat de Donald Trump.

Ce comportement a révolté les partisans démocrates comme le prix Nobel d’économie Paul Krugman qui ont pris la plume pour trouver des solutions afin de contourner le plafond de la dette. Krugman suggérait d’émettre une pièce d’une valeur d’un milliard de milliards. Mais heureusement pour les démocrates, les républicains ont fini par accepter la réévaluation dans un nouveau vote qui ne permettait que de tenir jusqu’à décembre 2021. En effet, les républicains n’allaient pas voter une enveloppe confortable pour que Joe Biden n’ait plus à se soucier du plafond de la dette jusqu’à la fin du mandat et ainsi perdre un bon moyen de pression. Au contraire, ils ont préféré forcer son gouvernement à refaire voter régulièrement la réévaluation du plafond en échange de concessions et de réduction des dépenses budgétaires. C’est pour cela qu’encore en janvier 2023 ce problème du plafond de la dette agite l’actualité. Il ne faut pas y voir là de la « mesquinerie républicaine » comme certains démocrates le disent, mais comme un outil de l’opposition qui détient ou presque la majorité au Congrès. D’autant plus que ce n’est pas la première fois que des crises autour de ce problème épineux agitent le Congrès.




Cependant, il n’est pas impossible que les Républicains décident un jour de ne pas voter du tout cette réévaluation et ce refus pourrait advenir dans les prochains jours. Alors, il est primordial de comprendre les conséquences que cela aurait. Il serait faux de croire que ce n’est qu’un problème américain car cela est d’un enjeu géopolitique majeur, non seulement parce qu’il s’agit de la première puissance mondiale, mais aussi parce qu’une grande partie de la dette américaine est détenue par des pays étrangers (environ 25%). Le plus gros détenteur est le Japon avec 1 236 milliards de dollars en juin 2022. La Chine arrive deuxième avec 967 milliards de dollars. Bien que détenteurs d’autant de bons du Trésor américain, ces pays ne peuvent faire pression sur les États-Unis(on pense surtout à la Chine) : cela représente une épargne énorme que les entreprises ou les populations de ces pays ne peuvent pas se permettre de perdre.



Aujourd’hui, les acteurs financiers sont de plus en plus inquiets. Si une solution n’est pas rapidement trouvée, cela pourrait conduire à une vente massive des bons du Trésor américain et par conséquent à une chute drastique de leur valeur. D’autant plus que ce phénomène a déjà commencé à l’étranger : le Japon, la Chine comme nombre d’autres pays ont depuis 2 ans vendu des bons du Trésor en raison de l’augmentation des taux d'intérêts, de la forte inflation et de l'affaiblissement des perspectives économiques aux États-Unis.


Conclusion


De manière générale, nous constatons que la position des États-Unis sur la scène mondiale se fragilise et la question de la dette n’y est pas pour rien. En effet, le plafond de la dette est un problème mais la dette elle-même est un problème en soit car elle explique une partie de l’inflation, alimente une bonne partie de la spéculation sur les marchés financiers et est non-remboursable dans le contexte économique actuel sans faire « rouler la dette ».L’économie américaine ne peut pas se permettre de faire banqueroute, car les fonds de pensions qui ont achetés massivement des bons du Trésor américain ne pourraient plus financer les retraites de millions d’américains, les banques se verraient à leur tour insolvables, l’épargne des américains disparaitrait, aucun argent ne pourrait être injecté dans l’économie et de sérieuses coupes budgétaires seraient de mises, ce qui entraînerait une récession sans précédent.






Sources :


https://nyti.ms/3lkkdRX

https://nyti.ms/2YeQTDG

https://www.nytimes.com/2021/09/27/us/politics/republicans-block-government-funding-bill-debt-limit.html

https://nyti.ms/3GFDI0I

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/10/etats-unis-le-congres-adopte-le-plan-de-relance-de-1-900-milliards-de-dollars-voulu-par-joe-biden_6072641_3210.html

https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_debt_ceiling

https://fr.wikipedia.org/wiki/Congrès_des_États-Unis

https://www.next-finance.net/Qui-detient-la-dette-americaine

http://french.china.org.cn/business/txt/2022-08/17/content_78376383.htm#:~:text=Le%20Japon%2C%20principal%20détenteur%20de%20la%20dette%20américaine%2C%20a%20également,milliards%20de%20dollars%20fin%20juin


https://www.google.com/url?sa=i&url=https%3A%2F%2Fwww.latribune.fr%2Feconomie%2Finternational%2Fle-projet-de-loi-anti-opep-refait-surface-au-congres-americain-807056.html&psig=AOvVaw2KbK4i1qTTcBpMp44sxTZu&ust=1674143025886000&source=images&cd=vfe&ved=0CBAQjRxqFwoTCNC-wPS60fwCFQAAAAAdAAAAABAS

https://www.google.com/url?sa=i&url=https%3A%2F%2Fnymag.com%2Fintelligencer%2F2022%2F02%2Fbuild-back-better-was-always-a-god-awful-name.html&psig=AOvVaw0N1bwsQRee2fvUtw30Vxlx&ust=1674143123883000&source=images&cd=vfe&ved=0CBAQjRxqFwoTCMD5rKO70fwCFQAAAAAdAAAAABAE


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