• Rémi Darrigade

Le rôle de la diplomatie française pour la guerre en Ukraine



Environ plus de 20 000 morts, plus de 10 millions de civils déplacés : voici le bilan après un mois d’une guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Devant ce terrible bilan, la question de l'efficacité des négociations diplomatiques entre les Russes et les Ukrainiens mérite d’être posée. La diplomatie peut-elle encore avoir un sens face à un pays visiblement dirigé par un véritable meneur de guerre qui ne recule devant rien afin de parvenir à ses fins ; c’est-à-dire l’invasion et le contrôle total du territoire ukrainien ? Mais surtout avons-nous la capacité de négocier la paix en Ukraine ? Nous nous intéresserons dans cet article au rôle que peut avoir la diplomatie française pour un éventuel arrêt de l'offensive russe.


L’origine du conflit Ukraine-Russie :



Depuis l'annexion de la Crimée en 2014, les relations diplomatiques entre la France et la Russie se sont considérablement dégradées. Sous le mandat du président François Hollande, ce dernier a dû gérer avec ses homologues occidentaux cette première guerre entre russes et ukrainiens. Tout part de la révolution ukrainienne de 2014 lorsque le peuple réclame le départ du président de l'époque Viktor Ianoukovytch (il avait refusé un accord d‘association avec l’Union Européenne au profit d’un rapprochement avec la Russie) plus tard destitué par son propre Parlement le 22 février 2014. Un nouveau gouvernement sous la direction d’Oleksandr Tourtchynov est alors formé mais la Russie considère celui-ci comme « illégitime ». Les Russes décident alors de positionner massivement les troupes armées le long de la Crimée et s'en suit plus d'un mois de tensions. Le 11 mars, la Rada, le parlement de la République de Crimée, autonome économiquement vis-à-vis de l’Ukraine, proclame son indépendance. Cinq jours après, le 16 mars, à la suite d’un référendum, la République de Crimée est rattachée à la Russie. Depuis cet évènement, la diplomatie occidentale et notamment française cherche à négocier ardemment avec les Russes afin d’éviter toute nouvelle escalade de la violence entre Russie et Ukraine, tout nouveau conflit qui viendrait encore plus fragiliser le Gouvernement de Kiev.


L’invasion de la Russie en Ukraine de 2022, l’échec ultime de la diplomatie occidentale et française ? 


Le 24 février dernier, le Kremlin a donc décidé d’envahir l’Ukraine en commençant par attaquer l’Est du pays pour aujourd’hui étendre son avancée jusqu’aux portes de Kiev. Huit ans après le conflit autour de la Crimée, une guerre est à nouveau en cours entre Russes et Ukrainiens. Peut-on ainsi parler d’un échec de la diplomatie occidentale et plus particulièrement française ? Pourtant, depuis 2017 et la prise de fonction du président Emmanuel Macron, celui-ci ne cesse de parlementer avec Vladimir Poutine et a même cherché à « renforcer les échanges entre les populations françaises et russe » à l’occasion du lancement du Dialogue du Trianon, un forum franco-russe entre différents acteurs de la société civile. L’objectif affiché d’Emmanuel Macron consiste à développer une relation étroite avec Vladimir Poutine tout en restant ferme sur des questions comme le conflit entre l’Ukraine et la Russie. De plus, entre les présidents français et russe semblaient s’afficher une relation unique en comparaison avec celle qu’entretient Macron avec des pays comme la Turquie (Erdogan), le Brésil (Bolsonaro) ou la Hongrie (Orban).


Cependant, il faut constater que le rapprochement diplomatique français auprès de l’Ukraine n’a guère fonctionné. La guerre est bien présente et Poutine ne semble absolument pas décidé à stopper son offensive quitte à s’isoler définitivement des Occidentaux. Comment alors expliquer que huit ans après l’épisode de la Crimée, Poutine décide cette fois-ci de s’attaquer à toute l’Ukraine en dépit des injonctions de la grande majorité des Etats de l’Organisation des Nations Unis ?



C’est sans doute l’image qui représente le plus l’échec de la diplomatie européenne et française vis-à-vis de la Russie au sujet des négociations sur l’Ukraine : on y voit Macron et Poutine assis de part et d’autre d’une table immense au Kremlin. Cette illustration est assurément le symbole d’une relation Europe-Russie qui s’est fissurée, le 7 février dernier, l’ambiance y semble glaciale entre un président russe qui apparaît comme froid et déterminé à suivre son instinct guerrier et un président français qui semblait sans solutions face à la froideur de son homologue. Quelques semaines plus tard donc, la Russie envahit l’Ukraine devant le monde entier qui n’en croit pas ses yeux entre tristesse et colère. A vrai dire, cette situation s’apparentait malheureusement comme inévitable tant la Russie n’a jamais cessé de revendiquer sa légitimité sur le territoire ukrainien et les tentatives de rapprochement entre Ukraine et Union Européenne n’ont fait que raviver les intentions russes de conquête.


La diplomatie est-elle encore possible un mois après l’invasion russe en Ukraine ?


Plus la guerre va s’éterniser, moins la diplomatie aura de chances de fonctionner. Cependant, pouvons-nous imaginer que la Russie s’entête dans une guerre où elle semble ces derniers temps ne plus avancer aussi rapidement que les premiers jours voire stagner comme cette offensive à Kiev, une capitale qui ne rompt pas, symbole d’une Russie peinant à progresser et qui s’enlise dans une guerre où on ne peut imaginer sa victoire. En parallèle du conflit armé se perpétuent ainsi les pourparlers diplomatiques entre Occidentaux et Russes en témoignent les multiples appels téléphoniques entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine. Afin de définir la nature et l’objectif de ses multiples échanges avec son homologue russe, Macron utilise les termes suivants : « chercher sans relâche à le convaincre de renoncer aux armes, pour aider autant que possible aux pourparlers en cours et pour prévenir la contagion et l’élargissement du conflit. Face à l’optimiste du camp de la diplomatie, d’autres soulignent l’impossibilité d’une résolution par la diplomatique en raison des agissements et du comportement russe vis-à-vis de cette guerre. Ainsi, Kamala Harris, vice-présidente des Etats-Unis, a déclaré en visite en Roumanie début mars que « Vladimir Poutine ne montre aucun signe d’engagement dans une diplomatie sérieuse ». De même, l’ancien ambassadeur de France en Syrie Michel Duclos rappelle qu’ « il y a beaucoup de mythologie sur la diplomatie mais la diplomatie n’est jamais une alternative au rapport de forces ».




Finalement, gérer et solutionner un conflit par la diplomatie n’est jamais facile surtout lorsque la guerre est à un état très avancé. L’exemple le plus révélateur est bien sûr cette guerre en Ukraine avec ces derniers jours la multiplication de pourparlers en Turquie afin de convaincre la Russie de cesser leur offensive. Pour autant, rien de concluant n’a été décidé et dans les deux camps, les positions restent bien figées.





Sources :


https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/ukraine/situation-en-ukraine-la-position-de-la-france/article/situation-en-ukraine-la-position-de-la-france

https://www.ouest-france.fr/monde/guerre-en-ukraine/guerre-en-ukraine-a-quoi-sert-la-diplomatie-du-telephone-entre-emmanuel-macron-et-vladimir-poutine-f4dbc862-a6ba-11ec-bb5f-259079a5b0f7

https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/guerre-en-ukraine-pourquoi-la-diplomatie-a-t-elle-echoue

https://information.tv5monde.com/info/guerre-en-ukraine-malgre-la-diplomatie-les-armes-auront-le-dernier-mot-448342

https://information.tv5monde.com/info/negociations-entre-l-ukraine-et-la-russie-moscou-souffle-le-chaud-et-le-froid-450818

https://www.sudouest.fr/international/russie/guerre-en-ukraine-la-diplomatie-a-t-elle-une-chance-les-experts-se-montrent-peu-optimistes-9751894.php

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-diplomatie-francaise-a-l-heure-du-retour-de-la-guerre-en-europe-905422.html

https://www.france24.com/fr/billet-retour/20181123-ukraine-bilan-revolte-maidan-kiev-corruption-russie-ianoukovitch

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