• Baptiste di Maiolo

Le soft-power sportif : nouvelle arme de l'Arabie Saoudite ?

Updated: Feb 12, 2021

Le 5 novembre dernier, la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) a annoncé que l’Arabie Saoudite organisera, dès l’année prochaine, un grand prix de Formule 1 : un projet de longue date et révélateur de l’orientation géopolitique prise par le pays depuis quelques années. Ce grand prix aura lieu à Djeddah, avant de migrer dans la ville de Qiddiya aux alentours de 2023.

De par son histoire, l’Arabie Saoudite dispose d’un soft-power puisqu’elle abrite les lieux saints de Médine et La Mecque qui lui permettent de rayonner à travers le monde musulman. Toutefois, le pays n’exploite pas assez son soft-power car on le connaît davantage pour ses réserves massives en pétrole et ses achats d’armes que pour son influence coercitive.

Pourquoi le pays mise-t-il désormais sur son soft-power ?


Parmi les pays du Golfe, l’Arabie Saoudite est sans doute le plus menacé par la baisse de la rente liée aux hydrocarbures car son budget est financé à 85% grâce à cette rente. Par exemple, en 2016, après avoir volontairement inondé le marché pour faire baisser les prix et concurrencer le pétrole de schiste américain, les conséquences économiques ont été désastreuses : une envolée du déficit budgétaire, une perte de plus de 75 milliards de dollars et une croissance de 0.1% en 2017, contre 2.2% en 2016.

Sur la scène internationale, le pays est aussi en difficulté. Sur le plan géopolitique, Mohammed Ben Salmane, dirigeant et prince d’Arabie Saoudite, n’a pas réussi à faire démissionner le premier ministre libanais, Saad Hariri, malgré un hard power développé. En effet, les investissements ne manquent pas : l’Arabie Saoudite est le premier acheteur d'armes au monde (7,8 milliards de dollars en 2018), et, selon le Stockholm International Peace Research Institute, possède le troisième budget militaire de la planète (67,7 milliards de dollars en 2019). Il est donc difficile pour Ryad d’investir plus d’argent dans le hard-power. Cette situation est problématique car l’Iran, grand adversaire de l’Arabie Saoudite, est en train de prendre du terrain en Syrie et au Liban.

De plus, Téhéran a porté une attaque redoutable en 2019 sur l’un des sites d’extraction d’Aramco, compagnie pétrolière nationale saoudienne. Une attaque qui a fait grand bruit, puisqu’avec un “simple” drone, l’Iran est parvenu à contourner la défense d’une entreprise derrière laquelle “se cache surtout un incroyable écosystème dans lequel grouillent l’US Air Force, la CIA et les expatriés des inévitables firmes américaines liées à l’industrie pétrolières”, selon le journaliste des Echos D. Fainsilber. A tel point que pour F. Heisbourg, conseiller spécial à l’ISS (International Institute for Strategic Studies) et conseiller spécial du président de la FRS (Fondation pour la recherche stratégique), “il est proprement ahurissant que l’Arabie Saoudite n’ait pas détecté ces attaques”. Mohammed Ben Salmane doit donc relever et donner une perspective à un pays affaibli et humilié, à savoir une nouvelle impulsion.


Le soft-power est donc une solution qui s’offre à l’Arabie Saoudite pour remplacer la rente pétrolière et gagner en influence. Il est donc un axe majeur du plan “horizon 2030” présenté par le jeune prince héritier. Les objectifs de cette stratégie ne sont pas directement liés à l’économie : l’Arabie Saoudite veut avant tout devenir attractive et être moins isolée au sein des relations internationales. Nous pourrions même parler de sportwashing, dans la mesure où Ryad veut améliorer son image, entachée notamment par l’assassinat de Jamal Khashoggi, par le sport. Ainsi cet État de la péninsule arabique pourrait à la fois devenir, comme les Emirats arabes unis ou le Bahreïn, une destination touristique appréciée et attirer des investisseurs étrangers. La localisation du Grand Prix n’a donc pas été choisie au hasard, puisque Qiddiya est une des villes que devraient mettre sur pied l’Arabie Saoudite afin d’accroître le nombre de touristes sur ses terres.


Mais la déclaration de Chase Carey, président-directeur général de la Formula One Management (FOM), lors de l’annonce du Grand Prix de Djeddah, nous montre un autre levier de compréhension du soft-power saoudien : “La région est extrêmement importante pour nous, et avec 70% de la population saoudienne âgée de moins de 30 ans, nous sommes ravis du potentiel d’atteindre de nouveaux fans”. En effet, Mohamed Ben Salmane doit contenter une population très jeune qui ne travaille majoritairement pas, et qui donc s’ennuie. Ainsi, selon R. Le Magoariec, chercheur au sein de l’Équipe Monde Arabe et Méditerranée de l’université de Tours, "le pouvoir voit le sport comme un vecteur de stabilité politique". Il souligne aussi que, contrairement aux pays voisins ayant adopté la même stratégie de séduction par le sport, les événements organisés par l’Arabie Saoudite rencontrent souvent un grand succès populaire. Alors que les derniers championnats du monde d’athlétisme organisés l’année dernière au Qatar ont attiré entre 2 000 et 8 000 spectateurs pour une capacité de 40 000 places, la finale du Superclasico organisée à Ryad, s’est jouée à guichet fermé, avec 62 000 spectateurs. Nous voyons donc, une fois de plus, que le sport est un vecteur social et surtout un moyen pour le pouvoir d’asseoir son autorité et sa légitimité. Nous pouvons ainsi imaginer que le sport est un outil pour éviter de nombreux conflits au sein du pays, ce dernier redoutant une importation du printemps arabe.


Ce que le pays fait en termes de soft-power


L’Arabie Saoudite est traditionnellement liée à l’islam, plus précisément l’islam sunnite. Il en découle que son soft-power se basait exclusivement sur la religion. P. Conesa, dans une interview donnée à P. Veluise pour Diploweb, décrivait la diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite comme un “enfant bâtard entre le savant Soft-power à l’américaine et le savoir-faire propagandiste du système communiste”. En effet, cette diplomatie repose sur la création de diverses institutions comme l’ONG de la LIM (Ligue Islamique Mondiale), sur une assistance financière à certains imams, mais aussi sur l’offre de bourses à différents étudiants venus de pays sunnites, comme la Malaisie, pour venir étudier en Arabie Saoudite. Mais cette diplomatie, quoique très poussée, limite l’influence de l’Arabie Saoudite aux pays musulmans sunnites et n’a qu’une influence pour l’instant négligeable dans le reste du monde. Cela pourrait donc expliquer pourquoi elle s’est récemment tournée vers le sport pour accroître son influence. Avant d’être désignée organisatrice du grand prix de formule 1 l’année prochaine, l’Arabie Saoudite avait déjà organisé un grand nombre d’évènements sportifs. Nous pourrions notamment retenir, entre autres, l’organisation d’un grand prix de Formule E (équivalent de la Formule 1 avec des voitures électriques), d’un tournoi de golf en 2018, de la Supercoupe d’Espagne et d’Italie en football, des championnats du monde de boxe en 2019 et du Dakar en 2020. Plusieurs évènements de catch américain avec la WWE ont aussi été organisés et continueront de l’être. L’Arabie Saoudite commence donc à prendre une place importante dans le monde du sport, une place qui pourrait encore grandir dans les années à venir puisque le pays vise désormais le sport le plus populaire du monde : le football. En effet, elle a publiquement évoqué la possibilité de racheter un club de football en Europe l’année dernière. Le club le plus proche du rachat fut Newcastle entre 2019 et 2020 mais la rumeur la plus populaire en France fut celui de l’Olympique de Marseille qui fut un véritable feuilleton l’été dernier. Des rachats qui n’ont pas eu lieu, pour des raisons différentes, mais qui montrent les limites du soft-power sportif de l’Arabie Saoudite.


A l’échelle nationale, à l’heure des tensions intenses entre l’axe saoudien et l’axe iranien incluant le Qatar, la coupe du Monde de football de 2022 sera un événement majeur. Les Saoudiens investissent donc afin d’améliorer le niveau du championnat en épongeant les dettes des clubs. De surcroît, ils investissent dans des structures de formation au sein du pays dans l’optique de mettre sur pied une équipe assez compétitive pour se qualifier pour la compétition. Une équipe nationale désormais entraînée par le Français Hervé Renard, notamment connu pour avoir gagné la CAN (Coupe d’Afrique des nations, équivalent de l'Euro en Afrique), avec la Zambie en 2012.


Le retard


Il semble que le pays ait raté le coche en termes d’investissements et d’évènements sportifs, si on le compare à ses voisins de la péninsule arabique.

En ce qui concerne les investissements, l’Arabie Saoudite a un retard énorme de 10 ans environ par rapport à ses voisins. En effet, dès 2011, le Qatar Investments Authority, fonds d’investissement de 265 milliards de dollars, devient actionnaire majoritaire du PSG.

Ce rachat marque un tournant dans l’ère du sport européen mais aussi dans la médiatisation en France des investissements massifs en provenance du Moyen-Orient. Pourtant, c’est bien en 2008 qu’un premier rachat conséquent avait eu lieu. Un autre Fond d’investissement, celui des Emirats Arabes Unis, avait racheté le club de Manchester City. Ce Fonds, à travers le City Football Group, détient des équipes aux quatre coins du monde, des Etats-Unis au Japon en passant par l’Inde ou l’Uruguay. Des investissements qui portent leurs fruits : depuis 2008, Manchester City a glané entre autres 5 titres de Premier League (le championnat anglais) et, depuis 2011, le PSG n’a raté le titre de champion de France qu’à deux reprises. Des investissements qui payent aussi dans le monde du cyclisme puisqu’on a pu voir, lors du Tour de France 2020, rouler les équipes Bahreïn McLaren et UAE Team Emirates. Même si cette dernière ne disposait pas d’une grande équipe, c’est pourtant un de ses coureurs qui a remporté le mythique maillot jaune.

La guerre des rachats se mêle aussi à la guerre des sponsors. Certains clubs, du Real Madrid au Milan AC, affichent le sponsor “Fly Emirates”, compagnie aérienne de l’émirat de Dubaï. La compagnie aérienne “cousine” du voisin d’Abu Dhabi “Etihad Airways” n’est pas en reste puisqu’elle est présente sur les maillots de Manchester City. Enfin, d’autres équipes à l’image de l’AS Rome arborent “Qatar Airways”, la compagnie aérienne du Qatar. Ces sponsors ne se contentent pas du football. On les remarque, par exemple, sur les maillots des joueurs, comme pour le PSG. Ils peuvent aussi donner leur nom à des stades : le stade de Manchester City par exemple s’appelle Etihad Stadium. Ces compagnies aériennes ont aussi recours au traditionnel naming, notamment avec la FA Cup (l’équivalent de la coupe de France en Angleterre) qui a été renommée, entre 2015 et 2018, “Emirates FA Cup”. Enfin, le Qatar investit aussi dans le monde du sport à travers sa chaîne BeIN Sport, diffuseur majeur dans le monde entier, et particulièrement en Europe et au MENA (Middle East and North Africa). Même si le groupe a perdu beaucoup de droits de diffusion en raison de sérieuses difficultés financières, il diffuse toujours en France les championnats d’Italie, d’Allemagne et d’Espagne de football, en plus de proposer du basketball, du handball, ou même du judo. Une chaîne qui n’a donc pas de semblable dans le monde entier. Par ailleurs, le Qatar démontre aussi le retard qu’a pris l’Arabie Saoudite en termes d’organisation d'événements sportifs. En effet, il atteint le graal en 2010 en étant désigné hôte de la coupe du monde 2022 : une première au sein du Moyen Orient. Une organisation qui devait mettre le pays sur le devant de la scène. Un retard qui se voit aussi dans le monde de la Formule 1, puisque le premier pays de la péninsule arabique à avoir organisé un grand prix est le Bahreïn dès 2004 sur le circuit de Sakhir. Une initiative suivie en 2009 par Abu Dhabi, avec son Grand Prix organisé sur le circuit Yas Marina. Grand Prix qui, par sa dotation financière importante, conclut même la saison de formule 1, ce qui en fait un grand prix souvent décisif dans la course au championnat pilote et constructeur. Retenons par exemple l’édition de 2010 qui fut doublement historique puisque Sebastian Vettel y est devenu le plus jeune champion du monde de F1, ainsi que son écurie, Red Bull, qui a remporté son premier titre constructeur.


L’Arabie Saoudite est donc très loin derrière ses concurrents. Elle ne dispose pas de son club de football ou de son équipe de cyclisme. Sa compagnie aérienne nationale, Saudia, n’apparaît pas sur des dizaines de maillots, dans les courts de tennis et ne donne pas non plus son nom à des stades. De plus, outre le Dakar organisé cette année, les évènements organisés par l’Arabie Saoudite n’ont qu’une visibilité secondaire. Le Grand-Prix de Djeddah ainsi que le sponsoring de la Formule 1 par Aramco permettent donc aux Saoudiens de faire un bond en avant. Mais la réaction des fans, ainsi que celle d’Amnesty International, montrent que le pays a encore du chemin à parcourir.

Quel avenir ?


Nous venons de voir que le chemin de l’Arabie Saoudite pour s’intégrer dans le monde du sport sera semé d'embûches. Toutefois, tous les scénarios sont encore possibles et c’est pourquoi nous avons décidé de vous en exposer deux.


Nous pourrions penser que l’Arabie Saoudite va finir par réussir à s’intégrer dans le monde du sport. Il ne faut pas oublier que l’Arabie Saoudite est le pays du Golfe le plus développé économiquement, et qu’Aramco, a généré, en 2018, un bénéfice presque quatre fois supérieur à celui d’Apple : 224 milliards de dollars avant impôts (l’entreprise est taxée à hauteur de 50% par l’Etat). De surcroît, la privatisation partielle progressive de cette compagnie pétrolière permettrait de financer un Fonds souverain de 2 000 milliards de dollars, à la manière de ce qu’ont fait les Norvégiens. Ainsi, il serait le Fond souverain le plus important du monde, avec deux fois plus de fonds que le deuxième.


Dans le monde du football, à l’heure de la crise du Coronavirus, la situation sera sûrement assez propice à des investissements saoudiens. La plupart des clubs ont été déstabilisés par la crise puisqu’ils ne peuvent plus remplir les stades. De plus, les achats de produits dérivés, comme les maillots, sont plus rares qu’autrefois. Il sera donc de plus en plus dur pour eux de pouvoir assurer un salaire à leurs joueurs : salaire qui, lui, n’a pas baissé. En ligue 1, l’heure n’est pas non plus à la dépense puisqu’en plus de la crise, les clubs ne seront peut-être pas payés en raison du conflit opposant Mediapro (le diffuseur de la ligue 1) et la LFP (Ligue Française de Football) : un manque à gagner qui pourrait être de plusieurs dizaines, voire de centaines de millions d’euros. Conflit qui pourrait donc accroître la fragilisation des clubs qui sont déjà en proie à des difficultés financières. De plus, ses rivaux, dans le monde du sport, connaissent quelques difficultés. Le pays le plus concerné est le Qatar avec ses inévitables scandales à répétition à propos de la coupe du monde de 2022. Le pays est accusé, depuis des années, par différents médias d’avoir corrompu des membres du comité d’élections. En effet, il peut paraître surprenant que les divers problèmes que poseraient cette coupe du monde n’aient pas été pris en compte. En premier lieu, les conditions de travail dans lesquelles sont construits les stades. D’une part, ces derniers sont construits par des migrants venus majoritairement d’Asie du sud-est, exploités par le système dit du “Kafala”, dans lequel ils appartiennent à un Kafil qui possède tous leurs papiers et qui les fait travailler dans des conditions souvent comparées à l’esclavage. D’autre part, on ne compte plus le nombre de travailleurs morts sur ces mêmes chantiers.

De plus, ces stades seront sûrement inutiles après la compétition pour deux raisons : le très faible nombre d’activités nécessitant de telles infrastructures et une capacité surdimensionnée par rapport à la population (346 000 places en tout soit 12% de la population). Enfin, nous pourrions nous interroger sur les conditions climatiques dans lesquelles se dérouleront la compétition : elle a dû être déplacée, pour la première fois de son histoire, en hiver, et des climatiseurs ont dû être installés dans les stades. D’autant que le pays reste toujours, selon l’enseignante chercheuse Nassima Ouhab-Alathamneh, très dépendant aux hydrocarbures qui représentent 54% du PIB en 2014. Autant de difficultés qui pourraient servir à l’Arabie Saoudite.


D’une manière moins brutale, les investissements colossaux réalisés dans le monde du sport européen engendrent aussi des formes d’oppositions. L’argument “sport business” est régulièrement brandi afin de critiquer ce que beaucoup considèrent comme la dénaturation du sport au profit d’hommes d’affaires, de grandes entreprises ou en l'occurrence de nations. Le soutien financier important apporté au PSG et à Manchester City suscite, par exemple, beaucoup d’agacements des équipes rivales et de leurs supporters ne disposant pas de moyens suffisants pour rivaliser.

Cependant, il demeure autant de raisons de penser que l’Arabie Saoudite ne sera pas une puissance majeure en termes de soft-power sportif. Comme nous l’écrivions plus haut, le pays a investi beaucoup plus tard que ses rivaux dans le monde du sport. Nous pourrions donc nous dire que la fenêtre de tir pour les investissements sportifs est révolue. C’est ce que pourrait montrer le récent rejet, par la fédération anglaise de football, du rachat de Newcastle par un consortium d’investisseurs saoudiens en août dernier. Les raisons avancées sont : le non-respect des droits de l’homme et la guerre au Yémen. Un refus qui pourrait aussi laisser penser que l'Europe ne cédera pas à la séduction du royaume saoudien, considéré déjà comme dangereux. Même si Mohammed Ben Salmane est souvent décrit comme un réformateur, avec notamment l’ouverture de cinémas en Arabie Saoudite (jusqu’alors interdits), nous pourrions, comme le fait l’émission du “dessous des cartes”, considérer cela comme une “ouverture en trompe l’œil”. En effet, la justice saoudienne a condamné en 2012 le blogueur saoudien Raif Badawi à 10 ans d’emprisonnement, 10 ans d’interdiction de sortie du territoire et 1 000 coups de fouet pour avoir prôné sur son blog un Etat laïc et des libertés plus importantes pour les femmes. Plus récemment, en août 2017, un adolescent de 14 ans a même été arrêté par la police parce qu’il se filmait en train de danser sur un passage piéton de Djeddah. Autant d’actes qui entrent en contradiction complète avec les valeurs du sport. Ces actes nous montrent aussi les limites de l’influence de l’allié émirati sur l’Arabie Saoudite. Ce dernier a, en effet, adopté des modifications du code pénal, comme la dépénalisation de la vente de l’alcool ou la fin de la tolérance des crimes dits “d’honneur”, afin de pouvoir accueillir des investisseurs étrangers et changer son image. Il semble donc que l’Arabie Saoudite adopte, de ce point de vue-là, une stratégie comparable à celle du Qatar, qui, lui, n’a pas changé ses lois autour de ses mœurs.

De ce fait, il faudrait voir si des pays laïcs ou de religion différente accepteront de voir un pays autant investi sur le plan religieux, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, prendre une part de plus en plus importante dans le sport.

Le sport est l’un des rares exemples en géopolitique où la puissance n’est pas rejetée mais, le plus souvent, admirée et l’Arabie Saoudite l’a bien compris. Toutefois, elle a encore, de manière globale, beaucoup de retard sur ses voisins, investis depuis une dizaine d'années dans le soft-power sportif. En outre, il est évident qu’elle prendra, dans les années à venir, exemple sur son allié, les Emirats Arabes Unis, pour rattraper ce retard. Mais nous avons vu que la stratégie saoudienne était paradoxale, entre une volonté de paraître modérée et ouverte aux yeux du monde et d’être le leader de l’islam sunnite. Il sera donc intéressant de voir, au cours des prochaines années, laquelle de ces deux directions l’Arabie Saoudite va choisir.


Sources


https://www.courrierinternational.com/article/moeurs-affaires-familiales-consommation-dalcool-les-emirats-adaptent-leurs-lois-aux


https://www.formula1.com/en/latest/article.f1-adds-saudi-arabian-grand-prix-night-race-to-2021-calendar.49pVgTPyYV0KBJrOwtqUCN.html


https://www.theguardian.com/sport/2020/nov/05/f1-confirm-saudi-arabia-2021-race-in-face-of-human-rights-criticism-formula-one-motor-sport

https://www.france24.com/fr/20200204-football-cyclisme-dakar-comment-l-arabie-saoudite-mise-sur-le-sport-pour-%C3%A9tendre-son-influence

Frank Tétart (2018) “Emirats arabes unis. Dubaï l’espace mondialisé par excellence?”, Diploweb, https://www.diploweb.com/Emirats-arabes-unis-Dubai-l-espace-mondialise-par-excellence.html

Pierre Conesa et Pierre Verluise, PV (2016), “L’Arabie Saoudite : quelle diplomatie religieuse ?”, Diploweb, https://www.diploweb.com/L-Arabie-saoudite-quelle.html

Nassima Ouhab-Alathamneh, 2018, “L’après pétrole dans le monde arabo-musulman", Harmattan

https://www.youtube.com/watch?v=QDVXbavA8jU

https://www.lesechos.fr/2016/01/aramco-une-saga-en-or-noir-195872

https://www.challenges.fr/monde/aramco-attaques-de-drones-l-incroyable-pearl-harbor-saoudien_674950

https://notes-geopolitiques.com/geopolitique-du-petrole-saoudien/

https://www.sipri.org/databases

https://www.mondedesgrandesecoles.fr/rencontre-pascal-boniface-sport-instrument-soft-power/

https://www.leblogauto.com/2020/11/f1-course-arabie-saoudite-2021.html

https://www.lequipe.fr/Athletisme/Actualites/Les-etonnants-chiffres-d-affluence-du-khalifa-stadium/1064724

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