• Jean Guillemin

Les Kurdes vs Ankara

Updated: Feb 17, 2021

Le 6 octobre, à la suite d’une conversation avec le président Turc, Erdogan, Donald Trump annonce le départ des troupes américaines de Syrie. Trois jours plus tard, l’armée turque effectue une percée au Nord-Est de la Syrie sur une trentaine de kilomètres, c’est le début de l’opération « Source de paix ». Cette avancée turque a pour objectif de déstabiliser et de fractionner la région du Rojava, sous contrôle des Kurdes du PYD (Parti de l’union démocratique, la branche syrienne du PKK) depuis 2013, et in fine créer une « zone de sécurité » pour contenir les YPG (la branche armée du PYD) et déplacer les réfugiés syriens présents en Turquie. Le 13 octobre, Washington annonce le retrait total de ses troupes de la frontière turco-syrienne, et les forces kurdes font appel à l’armée de Bachar el-Assad qui se déploie sur des points stratégiques à la frontière pour protéger les villes que les kurdes tenaient encore; toutefois il n’y a pas eu d’affrontements directs entre turques et syriens.


L’accord de Sotchi entre Poutine et Erdogan trouvé le 22 octobre entérine un retrait des Kurdes de la frontière et laisse le contrôle de ces régions à Ankara ; des patrouilles militaires turcs et russes ont commencé dès le 1er Novembre pour constater le retrait des Kurdes toujours qualifiés de « terroristes » par Ankara. Les Occidentaux se sont ainsi indignés face à l’abandon américain et à l’offensive turque, craignant un sursaut du groupe Etat Islamique et une nouvelle crise migratoire. Ce à quoi Erdogan a répondu dans un discours à Ankara « Ô Union européenne, reprenez-vous. (...) Si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants ».


Erdogan par cette offensive étend son influence sur le territoire syrien. A terme, le Rojava, dans la vision turque, pourrait devenir une continuité de la province du Hatay, une province turque depuis 1939 mais toujours revendiquée par Damas, et ainsi servir les intérêts économiques mais aussi politiques de la Turquie.


Du point de vue kurde, cette attaque traduit une perte au profit des turcs mais aussi de Bachar el-Assad car paradoxalement Damas peut récupérer certains territoires jusqu’alors sous contrôle kurde. Damas contrôlait avant cette offensive environ 60% du territoire Syrien, avec une reprise, même partagée avec Ankara, du Rojava cette proportion dépasserait les 70%. L’avenir du Kurdistan Syrien semble donc menacé.

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