• Eléonore Roy Giulianelli

Partie 1 - La face cachée de la fast-fashion: un focus sur Shein, géant de l'ultra fast-fashion.

Introduction


Aussi étonnant que cela puisse paraître, 1,2 milliard correspond aux tonnes de gaz à effet de serre émis chaque année par le secteur du textile. Depuis ces dernières années, le terme « émissions de gaz à effet de serre » est au cœur des débats. Une fois que vous aurez achevé la lecture de cet article, le débat sera : comment peut-on laisser le secteur du textile et de la mode émettre 10% des émissions de gaz à effet de serre mondiales par an ?

De nos jours, les termes « tendance », « prix », « immédiat » illustrent ce modèle de la fast fashion facteur de problèmes et qui est utilisée par une grande majorité d’entreprises textiles. Cette mode dite aussi jetable, consiste en un renouvellement très rapide des collections et en devient en vogue dans un certain nombre de productions de la mode. Au-delà, de l’aspect pratique qu’elle peut avoir, de divers enjeux sociaux environnementaux se défient. Récemment, les méthodes appliquées sur les travailleurs chez Shein en Chine ont été fortement dénoncées par l’exploitation des employés.

Comment la fast fashion impacte négativement ce qui nous entoure ? Quel est le rôle des pouvoirs publics ? Comment agissent-ils et réagissent-ils ? Sont-ils acteurs ou spectateur de la situation ?


L’origine de la fast fashion remonte avant le XIXe siècle


Ainsi, cette tendance de la mode à moindre coût, aux changements de collections tournantes et toujours dans l’air du temps s’est développée dans les années 1960, une période charnière pour les jeunes personnes qui rejettent l’aspect très traditionnel de la mode d’autrefois.

Le monde de la mode doit continuellement répondre aux besoins de la clientèle. C’est pourquoi, la volonté naissante de vêtements abordables et en vogue a favorisé le développement de nombreuses usines à textile dans des pays non développés. A cela, un intérêt économique se dessine : réaliser du profit par un processus d’externalisation à l’étranger.

Parmi les plus connues, l’enseigne la plus ancienne de toutes reste l’indétrônable H&M qui a ouvert ses portes en 1947. L’inspiration de ce magasin vient directement des Etats-Unis en raison d’un nombre très élevé après la 2nde Guerre Mondiale de magasins ou groupes de textiles « à volume élevé ». Initialement, consommer de cette façon était perçu comme marginal. Ce n’est qu’à partir des années 90 et 2000 que cela s’est davantage démocratisé. D’ailleurs, ce nouveau mode de consommation entre fast fashion et haute couture était vu comme très distingué et classe.

Rappelons que cette influence a joué également un grand rôle dans l’acceptation d’acheter des produits issus de la fast fashion puisque des femmes d’Etat telles que Michelle Obama et Kate Middleton ont été aperçues vêtues de robes de soirée de chez Zara ou encore H&M. De ce fait, cela témoigne d’une certaine forme d’accessibilité quelle que soit sa classe sociale.


Des conséquences écologiques désastreuses : l’environnement en pâtit !


Suivre la mode et l’appliquer dans notre garde-robe constitue un luxe, qui toutefois nous fait oublier les dures réalités qu’engendre ce type de consommation abusive. D’après des études, les vêtements issus de la fast fashion sont en moyenne portés entre 3 et 10 fois maximum puisqu’ils se détériorent très rapidement après plusieurs lavages. En cela, il est clair que nous participons inconsciemment aux 92 millions de tonnes de déchets textiles produits chaque année : on peut alors parler de « gaspillage alimentaire ». Bien que cela puisse paraître étonnant, les vêtements invendus sont généralement jetés par les entreprises car le stockage est très couteux.

Quant à la production à l’étranger dont les pays du Sud, cela aide certes financièrement les entreprises pour leur rentabilité. Néanmoins, l’empreinte carbone réalisée favorise les émissions de gaz à effet de serre et reste contreproductif pour lutter contre le réchauffement climatique et limiter les émissions de GES par le transport maritime. Avant même de transporter les produits finis, il en va d’abord de sélectionner les matières premières pour sa production. Ainsi, les matières retrouvées dans les vêtements de la fast fashion sont majoritairement synthétiques. Le polyester est l’une des matières les plus utilisées qui contient 70% de fabrication de fibres provenant du pétrole. Quant aux effets de ses fibres dans l’environnement, il serait nécessaire d’attendre des siècles avant qu’elles ne se décomposent. Dans les océans, la contamination se propage très rapidement en masse puisque 35% des microparticules font partie de celles responsables de la pollution des océans…

D’ailleurs, lors de la fabrication de ses fibres, des substances toxiques peuvent avoir des effets polluants. Etant donné que ces produits sont en contact avec les eaux usées, ils sont alors déversés dans l’océan et le contaminent par conséquent.


Peut-on parler d’esclavage, de maltraitance ? Focus sur Shein


Le chiffre 75 représente le nombre d’heures par semaine de travail d’un employé textile en production chez Shein soit environ le double d’une semaine normale de travail pour une personne en France. De plus, ils ne bénéficient ni congé ni jour de repos dans la semaine. Quant à leurs salaires, ils ne s’élèvent qu’à environ 700 euros par mois soit 5000 yuans. Ces rémunérations se font à la pièce : une pratique faisant régresser les évolutions des droits du travail et le respect vis-à-vis des employés. Durant ces heures de travail, leur emploi n’est pas sécurisé car ils n’ont jamais signé de contrat et n’ont aucune couverture sociale, ce qui laisse supposer qu’ils sont en précarité salariale.

Concernant les droits humains et du travail, ceux des enfants ne sont pas respectés car ils sont exploités par des productions de textiles appartenant à des entreprises de la fast-fashion. Dans le monde, selon l’Organisation Internationale du Travail, ce sont 79 millions d’enfants mineurs ayant entre 5 et 17 ans, qui travaillent dans des conditions dangereuses. Par exemple, au Bangladesh, beaucoup d’entre eux ont un travail à plein temps et ont été retirés du système scolaire pour effectuer 64h de labeur à la semaine soit un équivalent de 30 euros par mois de salaire. Ce nombre d’heures de travail n’est pas à négliger d’autant plus, lorsqu’il est question de faire travailler des mineurs tout comme un adulte.

Toutefois, les droits des femmes sont également bafoués car la surexploitation dans la fast fashion s’applique aussi pour elles. Chaque jour, ce sont 69 millions de femmes qui travaillent dans des productions textiles durant 12 heures. La valeur monétaire de leur travail représente 0,18% pour un t-shirt vendu à 29% en boutique soit 0,6% du prix du vêtement. Ce cas de figure est omniprésent au Pakistan. De ce fait, la question des droits du travailleur n’est pas similaire d’un pays à un autre notamment lorsque ces personnes travaillent en dehors de l’Union Européenne dans des pays en développement.


Le rôle de l’Etat et des acteurs mondiaux ! Qu’en est-il ? Que font-ils ?


Concernant leur intérêt face à ces problèmes sociaux écologiques, l’Etat, les pouvoirs publics, et les acteurs mondiaux doivent faire appliquer le droit de vigilance puisque celui-ci n’a pas pour l’instant été mis en pratique. Les ONG ont une fonction capitale dans la mise en application de la loi. Bien que la Commission Européenne ait mise en vigueur une « directive européenne » concernant le droit de vigilance le 23 février 2022, l’essentiel serait de constater l’évolution de changements dans les entreprises vers une approche plus eco-friendly, en harmonie avec les droits des travailleurs, sans oublier une rémunération permettant à ces personnes de vivre décemment.

Ainsi, l’idéal vers lequel tendre serait d’adopter au niveau de la gouvernance des décisions plus radicales pour un monde meilleur. Pour le moment, les changements ne sont pas très significatifs. Il serait alors plus que nécessaire de se recentrer sur la protection des droits humains, du travail et remédier au bafouement des lois par des formes de sanction.


Conclusion


En somme, la fast fashion va encore rester pendant de nombreuses années au centre des débats autour de la mode jetable. L’enjeu est de faire évoluer les méthodes de travail, de production et de diminuer les impacts négatifs sur l’environnement engendrés par les multinationales.

Pour l’instant, rien ne semble évoluer positivement car les prises de décisions se font lentes et la mise en application des sanctions sont presque absentes. Ainsi, dans l’attente de changements radicaux, il serait préférable de s’intéresser à une alternative, appelée aussi « slow fashion ». La seconde-main ou des marques éco-responsables sont des solutions plus viables et valoriser en attente d’une amélioration de la fast fashion quant à son impact néfaste.




Sources :


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