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  • Victor Peltier

Taïwan : l’île dont rêve Pékin

Introduction :


Le dimanche 16 octobre, Xi Jinping, le dirigeant chinois, a prononcé un discours pour l’ouverture du XXe congrès du parti communiste chinois. Durant celui-ci, Xi Jinping a parlé de l’île de Taïwan et de la volonté chinoise d’une réunification avec cette dernière en utilisant la force si besoin. Cette volonté de réunir la Chine continentale avec l’île de Taïwan n’est pas une nouveauté, la Chine affiche cette volonté depuis plusieurs années. Mais l’invasion de l’Ukraine fait craindre à beaucoup que l’invasion de Taïwan soit imminente. Cependant, Taïwan a malgré tout plusieurs atouts et particulièrement le soutien américain qui est de plus en plus affiché, notamment depuis l’élection de Biden à la Maison- Blanche. Mais alors, pourquoi cette petite île est-elle tant convoitée par les deux grandes puissances mondiales ? Et le contentieux qui s’en dégage pourrait-il devenir un conflit armé ?



Chine, Taiwan et États-Unis, une longue histoire


En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une guerre civile éclate en Chine opposant les communistes de Mao Zedong face aux nationalistes de Tchang Kaï-chek. En 1949, les communistes l’emportent, forçant les nationalistes à se replier sur l’île de Taïwan situé à 1 800 km des côtes de la Chine continentale, qui était à l’époque une province chinoise. Dès lors, deux Chine vont se former et se revendiquer comme étant unique. Dans le cadre de la guerre froide, le régime communiste chinois aura le soutien de l’URSS tandis que Taïwan aura un appui Américain. Grâce à cela, la Chine continentale n’attaquera pas Taïwan et en plus, l’île menée par les nationalistes aura le siège chinois à l’ONU, lui donnant ainsi accès à un droit de veto.

Cependant en 1972, les États-Unis commenceront à se rapprocher de la Chine afin de contrer plus efficacement l’URSS, le tout au détriment de Taïwan qui perdra alors sa place à l’ONU et dans la plupart des organisations internationales. Dans les années 80, Taiwan commencera à se démocratiser et finira par devenir une démocratie libérale axée sur le modèle américain, lui garantissant le soutien des États-Unis même avec la fin de la guerre froide. Deux visions vont alors s’opposer : d’un côté une Chine communiste et autoritaire, de l’autre une Chine capitaliste et démocratique, les deux ayant réussi à se développer économiquement.

Finalement, une forme de statu quo découlera de cette relation où la Chine et Taïwan vivent ensemble, à condition que l’île ne commence pas à revendiquer une quelconque forme d’indépendance.

L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping et la rivalité Sino-Américaine : le retour du conflit


En 2012, Xi Jinping arrive au pouvoir en Chine. Celui-ci veut parvenir à réunifier la Chine au complet. Il veut donc récupérer les régions de Macao et de Hong-Kong, mais surtout l’île de Taïwan. Si Xi Jinping essaie d’abord une réconciliation par la voie diplomatique, en profitant notamment de la victoire du parti conservateur aux élections taiwanaises, plus à même de discuter avec Pékin, en proposant par exemple de réutiliser la méthode du : « un pays, deux systèmes », celui-ci comprendra la difficulté de la tâche notamment avec le refus de la société taiwanaise. Pour cause, les actions récentes de la Chine, notamment à Hong-Kong où la réunification se font de force et au détriment de la démocratie et de la volonté des habitants de la ville. En réaction, la méfiance va se répandre à Taïwan qui ne veut pas perdre son autonomie et surtout sa liberté face aux autorités chinoises. Cette volonté antichinoise se manifestera par l’élection en 2016 de Tsai Ing-Wen, qui est la dirigeante du parti progressiste de l’île, plus méfiante vis-à-vis de Pékin et qui sera réélue en 2020.

Dès lors, Xi Jinping multipliera les menaces contre l’île que ce soit par des déclarations comme celle durant son discours d’ouverture du XXe congrès du parti communiste chinois, mais aussi via des exercices militaires proches de Taïwan voire même des survols de l’espace maritime taiwanais par des avions militaires chinois. Cette menace d’invasion constante vaudra à l’île le surnom « d’endroit le plus dangereux du monde » par The Economist en 2021.





Cependant, bien que la puissance militaire chinoise soit largement au-dessus de celle de Taïwan aujourd’hui, la rivalité avec les États-Unis semble dissuader la Chine de franchir le pas et d’envahir l’île. En effet, dans le contexte de la guerre commerciale et de la rivalité de plus en plus importante entre les États-Unis et la Chine, Washington n’a cessé de soutenir la petite île. Dès lors, le cas de Taïwan n’est plus une affaire locale chinoise, mais devient un véritable enjeu de crédibilité internationale pour les deux premières puissances mondiales : les États-Unis, par leur soutien à Taïwan, envoie un message à leurs alliés dans la région tels que l’Inde, le Japon ou la Corée du Sud. Ils peuvent montrer que les États-Unis sont un allié crédible qui peut venir aider en cas de problème. De plus, une autre raison qui explique le soutien Américain est l’importance de Taïwan dans l’économie mondiale actuelle. L’île est devenue une puissance économique, qualifiée de dragon asiatique comme Singapour, la Corée du Sud et Hong-Kong. Mais surtout, l’île est aujourd’hui leader dans l’exportation de puces électroniques, aujourd’hui plus importantes que jamais dans l’économie mondiale, notamment pour l’informatique. Les exportations taiwanaises sont d’autant plus importantes dans le contexte de guerre technologique entre les États-Unis et la Chine.

Le cas de Taiwan prend alors une importance internationale, devenant l’un des principaux enjeux dans la rivalité entre les deux plus grandes puissances mondiales.



La guerre en Ukraine : la tension ne cesse de monter L’invasion de l’Ukraine par la Russie soulève de nombreuses interrogations concernant Taïwan. L’île partage en effet plusieurs similarités avec le pays d’Europe de l’Est : les deux sont des territoires qu’une plus grande puissance hostile aimerait récupérer et les deux bénéficient d’un soutien occidental plus ou moins assumés. Ainsi, l’invasion de l’Ukraine par la Russie fait craindre que la Chine puisse décider d’emboiter le pas à la Russie et d’envahir à son tour Taiwan. Dans le même ordre d’idée, le soutien occidental et notamment américain à l’Ukraine sans toutefois intervenir directement fait comprendre que Taiwan pourra malgré tout bénéficier de soutiens même si la livraison d’arme sera plus difficile en raison du caractère isolé de l’île.

Afin de parer à cette éventualité, les Taiwanais ont commencé à s’organiser en s’inspirant notamment de la défense ukrainienne et en l’adaptant à la géographie de leur île.

Mais c’est surtout la multiplication de soutien de l’Ukraine à l’international qui montre bien que la guerre en Ukraine marque aussi un tournant pour l’île : Joe Biden, en visite à Tokyo, a déclaré publiquement que les États-Unis interviendraient militairement si la Chine s’en prenait à Taïwan. Cette déclaration est historique car la Maison-Blanche avait toujours conservé une ambiguïté stratégique sur les actions américaines en cas d’invasion de Taiwan. Il s’agit donc de la première fois qu’un président américain dit clairement que les États-Unis sont prêts pour une guerre militaire afin de protéger Taïwan. Autre action américaine : la présidente de la chambre des représentants, Nancy Pelosi, s’est rendue à Taïwan durant l’été 2022 : c’est la première fois depuis les années 90 qu’un aussi haut représentant Américain se rend sur le sol taiwanais. L’Europe a aussi accentué son soutien à Taïwan en envoyant des instructeurs militaires ou avec la Lituanie qui a reconnu diplomatiquement Taïwan.



Photo de Nancy Pelosi avec Tsai Ing-Wen.



L’avenir de Taïwan semble donc des plus incertains : la Chine se montre de plus en plus menaçante d’un côté et ne cache pas ses ambitions de reconquérir l’île. De l’autre, le soutien américain est aussi de plus en plus important et les États-Unis semblent plus déterminés que jamais à protéger Taïwan. De plus, des élections locales ont eu lieu à Taïwan dont est sorti gagnant le parti conservateur plus propices à la négociation avec Pékin, montrant que les taiwanais ne sont pas unis sur la question de l’avenir de l’île. Nous verrons donc si la Chine finira par suivre l’exemple russe et envahira ce territoire qu’elle considère comme étant sien, ou si le soutien Américain parviendra à dissuader la Chine de toute attaque.




Sources :

https://www.economist.com/leaders/2021/05/01/the-most-dangerous-place-on-earth

https://www.courrierinternational.com/article/discours-au-congres-du-pcc-xi-jinping-avertit-taiwan-la-chine-ne-renoncera-jamais-a-l-usage-de-la-force

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/28/a-taiwan-defaite-cinglante-du-parti-de-la-presidente-aux-elections-locales_6151956_3210.html

https://www.courrierinternational.com/article/defense-la-presidente-de-taiwan-met-en-garde-pekin-le-jour-de-la-fete-nationale




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