• Baudouin Cotteau de Simencourt

Trump-Biden : quels impacts sur les relations internationales ?

Updated: Feb 12, 2021

Si l’élection présidentielle américaine relève bien une chose, c’est la confrontation de deux modèles de la puissance américaine. En effet, Trump est l’artisan d’une Amérique qui renoue avec ses anciennes politiques qui lui ont permis de devenir, après les deux guerres mondiales, la première puissance incontestée du monde.

C’est un modèle fidèle à la doctrine Monroe et à la politique fondatrice des Etats-Unis qui est de ne pas intervenir sur la scène internationale quand les intérêts vitaux des Etats-Unis ne sont pas menacés. Le bilan mitigé de Trump, après 4 années passées au bureau ovale, montre bien cette volonté de ne plus s’immiscer dans les relations mondiales. Ainsi, le retrait des troupes américaines, présentes en Irak depuis de longues décennies, corrobore cette politique étrangère.

Par le soutien de Trump aux partisans du Brexit, le 45e président des Etats-Unis affiche clairement son soutien au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à la souveraineté nationale. Chose que l’ancien président démocrate, Barack Obama, n’était disposé à faire, exerçant une forte pression au gouvernement Britannique pour qu’il évite de se retirer de la tutelle européenne. Ainsi, le président sortant se place presque en champion de la souveraineté nationale. Un concept qu’il a surtout mis en place sur le sol américain avec le rapatriement d’entreprises américaines qui étaient sur le sol chinois.

En effet, les fruits de cette politique ont été porteurs, bien que pas tout à fait à la hauteur des estimations. Ce sont près de 665 milliards de dollars qui ont été rapatriés par les sociétés américaines présentes sur le sol de l’Empire du milieu en 2018. C’est grâce à une baisse du taux d’imposition des entreprises et de l’imposition sur le profit qui ont permis le rapatriement d’autant d’argent émanent des entreprises américaines. En effet, les taxations sur les entreprises sont passées de 35% à 21% et sur le profit de 35% à 15%.

C’est donc l’entièreté de l’économie américaine qui a été renforcée durant ce mandat. Le chômage, avant la crise du Covid 19 avait atteint les 3,5%, soit un taux permettant à Trump de fièrement annoncer un plein emploi aux Etats-Unis. Toutefois, même avec la crise du covid, le chômage au mois de novembre est de 6,9%. Ainsi, l’administration Trump a montré qu’elle pouvait maîtriser d’une main de fer la courbe du chômage, même en pleine crise sanitaire. A titre de comparaison, en France, le taux de chômage, avant la crise, était de 7,8 % contre 9% aujourd’hui. La baisse des impôts a également permis de renforcer le pouvoir d’achat des américains, afin de soutenir les entreprises revenues sur le sol américain.

La préférence nationale, mise en place par Donald Trump, est aussi passée par une fermeture du territoire à certains pays jugés dangereux pour l'intérêt américain. En effet, beaucoup de pays du Moyen-Orient se sont vu interdire l'accès aux États-Unis à cause d'une trop grande montée de l'islamisme. Trump a ainsi pu chasser l'Etat Islamique de son territoire face aux différentes menaces que celui-ci représente. Une fermeture des frontières qui favorise donc la sécurité intérieure.

Ainsi, au niveau économique, le bilan de Trump est un succès. En effet, taux de chômage le plus bas depuis 50 ans avant la crise, une croissance tout à fait satisfaisante, un protectionnisme maitrisé, c’est en véritable chef d’affaire que le locataire de la Maison Blanche a géré son pays.

Au niveau des relations internationales, la reconnaissance des pays arabes d’Israël est également une grande avancée géopolitique qui met fin à plusieurs décennies de tension entre les pays arabes et Israël. Cette avancée tend vers une pacification, au moins à court terme, du Moyen-Orient. Si la manière dont Trump a géré la crise nord-coréenne peut paraître peu conventionnel sur la forme, sur le fond il doit être reconnu que cela a le mérite de fonctionner. En effet, La Corée du Nord semblait plus dangereuse que jamais et Donald Trump a su calmer ses ardeurs.

Il est toutefois essentiel de comprendre que la politique mise en place sur le territoire national est en adéquation totale avec la politique mise en place sur la scène internationale. En effet, s’il cherche à protéger les entreprises américaines sur leur propre sol on les rapatriant, il cherche aussi à les protéger de la concurrence extérieure. Ainsi, le locataire de la maison blanche a gelé les accords du TAFTA et du TPP (Traité Trans-Pacifique). Ces accords de libre-échange permettent donc l’acheminement de marchandises d’Europe avec des droits de douane préférentiels. Ainsi, en gelant ces accords, les produits européens sont moins compétitifs aux Etats-Unis car ils sont plus chers en raison des taxes douanières.

Ce retrait des traités de libre échange a donc pour effet d’inciter les américains à consommer des produits fabriqués sur leur sol.


Pour l’Europe, si ces accords permettaient d’avoir une porte ouverte sur un marché à tarifs préférentiels, le retrait des intérêts économiques de Trump en Europe s’est accompagné d’un retrait au niveau politique. L’Europe s’est trouvée moins liée aux Etats-Unis, lui laissant plus de marge de manœuvre. L’Europe, durant ce mandat américain, a donc pu renouer avec son objectif primaire : devenir un contre-pouvoir aux deux blocs historiques, à savoir les Etats-Unis et la Russie.

Toutefois, il est intéressant de noter que la vieille opposition, qui date d’après la première guerre mondiale entre la Russie et les USA, semble s’être bien apaisée sous le mandat de Trump. A la place, les Etats-Unis font face au bloc chinois. En effet, le mandat de Trump a souligné cette croissante confrontation entre les deux géants économiques. Des tweets aiguisés ont fusés des deux côtés, avec un semi-embargo des produits chinois sur le marché américain, ainsi que la bataille d’influence qui a eu lieu dans les pays de l’Arctique. Une bataille pour que la Suède adopte une 5G, non pas chinoise, mais bien américaine.

Autant de choses qui peuvent paraître anodines mais qui sont lourdes de significations : la guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine ressemble à une situation que le monde a connu depuis la signature de la défaite allemande en 1945.


Biden, son rival, propose une politique qui va dans le sens inverse de son adversaire républicain. Il renoue avec la politique américaine des années 70, 80 et 90 : l’interventionnisme ou du moins, le libre-échangisme et le mondialisme. En effet, celui-ci veut renouer des liens économiques entre les pays et proposer des traités de libre-échange auxquels Trump avait refusé de participer car ils mettaient en danger la sécurité économique des entreprises américaines. Lorsque Biden propose également de rapatrier les entreprises américaines, il est assez étonnant de vouloir revenir sur des traités de libre-échanges alors que cela ne serait que contreproductif pour cette politique. Au-delà du point de vue économique, ces traités de libre échange permettent une circulation favorisée et simplifiée des marchandises mais ils sont également destructeurs du point de vue environnemental. En effet, quand on sait que 80% du trafic de marchandises est effectué par voie maritime et que ce moyen de transport est hautement polluant, il est assez étonnant que Biden les accepte, compte tenu de sa position très écologiste.

Compte tenu de sa volonté de faire des Etats-Unis un pays avec 0 émissions de CO2 d’ici 2035, il est assez intéressant d’observer les mesures qu’il va mettre en place afin d’arriver à son objectif. Un objectif qui va être très difficile à atteindre car les Etats-Unis comptent énormément sur l’exploitation de leurs ressources en hydrocarbures à la fois pour maintenir leur économie et employer de nombreuses personnes.

Pour arriver à ses fins, peut-être l’arrêt de l’extraction d’hydrocarbures sera mis en place mais les répercussions économiques à la fois pour les Etats-Unis et le reste du monde pourraient être dévastatrices. En effet, le prix du pétrole augmentera significativement pour les consommateurs et une vague de chômage, jusque-là maitrisée, verra le jour. Toutefois, cette volonté va sûrement favoriser la recherche pour de nouveaux moyens d’énergie, moins polluant, comme peut-être la fusion nucléaire.

Cette volonté de revenir sur la scène internationale se manifeste également par le désir de Biden de revenir sur les accords de Paris, traité auquel Trump avait fait sortir les Etats-Unis pour une raison simple : il augmenterait significativement le taux de chômage dans les secteurs de l’extraction pétrolière ou du gaz de schiste. Ainsi, cette volonté de mettre fin à l’extraction des hydrocarbures pourrait renforcer le pouvoir des pays membres de l’OPEP et ses alliés, comme la Russie. Les Etats-Unis perdraient ainsi non seulement leur indépendance énergétique mais aussi une place prépondérante sur la scène internationale car ils ne pourront plus maîtriser le cours du pétrole. Toutefois il est tout de même presque impensable de la part, tant d’un démocrate que d'un républicain, de vouloir prendre le risque de perdre une certaine hégémonie sur le monde pour une question écologique.

De plus, dans une déclaration récente de Biden à Macron, le vice-président de l’administration Obama disait vouloir « redynamiser » les liens avec l’OTAN et l’UE. La France et les pays membres de l’UE risquent donc d’être de plus en plus sous la tutelle américaine avec un mandat démocrate car beaucoup de décisions de l’UE sont fondées sur des directives de l’OTAN, organisation chapotée par les Etats-Unis. Les différentes déclarations de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui veut que l’UE et les USA travaillent « main dans la main » adoube cette volonté de resserrer les liens entre les 2 premières puissances économiques.

Ainsi, si Joe Biden se retrouve à la maison Blanche, ce qui semble, aujourd’hui, être le scénario le plus probable, l’impact économique sera très important pour l’Europe et pour la France.

Les produits américains pourront se déverser en masse sur le sol du vieux continent, créant ainsi une concurrence très importante avec les produits français (surtout au niveau alimentaire) alors que la tendance semble se rapprocher, de plus en plus, vers une consommation davantage responsable et locale.

Il est donc légitime de se demander si ces traités de libre-échange sont nécessaires pour l’économie des pays concernés et si le bilan carbone en vaut la chandelle. De plus, la crise de la Covid a démontré la nécessité pour des pays, comme la France, d’être auto-suffisant dans un certain nombre de domaines. Dès lors, la signature de ces traités serait-elle un frein à cette volonté protectionniste réclamée de plus en plus par des acteurs politiques de tout bord ?

De plus, avec la fermeture des petits commerces à cause du second confinement, le taux de dépôt de bilan de ce secteur va vraisemblablement monter en flèche. Importer de nouveaux produits venant des Etats-Unis est-il vraiment responsable, compte tenu du bilan financier des petits-commerçants ?


Toutefois, nous pouvons nous demander quel serait les enjeux auxquels Trump devrait faire face s’il était amené à être élu. Si tel est le cas, alors il est tout à fait pensable que ce dernier reste sur sa ligne de conduite qui se résume avec ses slogans : « Make America Great Again », ou encore, « America First ». Le grand dilemme pour lui serait de calmer les tensions sociales dans un pays qui, aujourd’hui, semble se fracturer de plus en plus. Comme sa ligne économique a montré ses atouts, la poursuivre ne pourrait être que bénéfique pour l’économie américaine. L’impact que Trump peut avoir sur l’Europe et la France ne serait donc pas, en réalité, des effets d’une politique visant explicitement certains points en France ou ailleurs, mais la confortation de Trump à la Maison Blanche pourrait réveiller une certaine fibre protectionniste et souverainiste.


Le résultat des élections n’assure pas encore la victoire de Biden. En effet, suite aux recours de Trump sur une potentielle fraude électorale, certains Etats ont le devoir de recompter les voix pour vérifier la véracité de cette accusation. Contrairement aux messages transmis par les médias, Trump n’enfreint pas la Constitution américaine. Nous saurons l’issue de cette élection le 14 décembre, ni avant, ni après. Pour finir, je citerais ces mots de Michel Onfray : "Peut-être Trump est-il mort comme chef de l'État (...) mais le trumpisme est né !", qui montre à quel point ce personnage a chamboulé la scène politique américaine.


Sources :


Pression d’Obama sur le Brexit : https://www.lemonde.fr/europe/article/2016/04/22/barack-obama-met-en-garde-les-britanniques-contre-un-brexit_4907377_3214.html


Trump soutien le Brexit : https://www.20minutes.fr/monde/2494119-20190411-brexit-donald-trump-deplore-union-europeenne-si-dure-royaume-uni


“Too bad that the European Union is being so tough on the United Kingdom and Brexit. The E.U. is likewise a brutal trading partner with the United States, which will change. Sometimes in life you have to let people breathe before it all comes back to bite you!” Tweet de Trump sur le Brexit et l’Europe.

Rapatriement des entreprises par l’administration Trump :https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/les-multinationales-americaines-ont-rapatrie-665-milliards-lan-dernier-1005029


https://www.cairn.info/les-chocs-du-futur--9782100779413-page-196.htm#


Côté entreprises, le taux d’imposition est réduit de 35 % à 21 %, tandis que la taxation sur les profits des sociétés américaines réalisés à l’étranger passe de 35 % à 15 % dans le cadre de leur rapatriement. Pour les particuliers, le taux maximal d’imposition fédérale passe de 39,6 % à 37 %, avec sept tranches (la première à 10 %, sans changement), le taux moyen d’imposition passant de 20,7 % à 19 %… -> texte brut venant de Cairn


Nombre de militaires américains tués sous Obama : https://www.rollingstone.fr/quelques-2-500-americains-sont-morts-en-afghanistan-et-en-irak-sous-la-presidence-dobama/


Tentative d’Impeachment


Taux de chômage au 6/11/2020 : https://fr.investing.com/economic-calendar/unemployment-rate-300


Taux de chômage France au troisième trimestre 2020 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4930129

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